Etat de sidération

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 

Depuis quatre ans,

depuis que ton désir égoïste d'enfanter,

t'a fait ouvrir une ardoise à l'épicerie La Mort.

Et comme il se doit, la mort est venue avec

sa faucheuse, réclamer son dû.

Et depuis lors, cet état de sidération est ton lot quotidien.

Toi, tu pensais, pauvre gourde,

que si ardoise il devait y avoir,

cela ne pouvait concerner que ta vie à toi.

Pas ce petit être lumineux, qui t'offrait,

en même temps qu'un sourire,

des milliers de bouquets de fleurs,

à peine écloses et qui cependant

exhalaient déjà les prommesses de

mille effluves plus délicates les unes que les autres.

Il tendait ses petits bras vers toi,

tu n'en croyais pas tes yeux,

de tant d'amour dans un petit bébé

pas plus grand que ton avant bras.

Tu souriais béatement et soupirais d'aise.

 

L'épicière patienta trois années, presque quatre,

au bout desquelles elle est venue,

sans crier gare, prendre ce qu'elle prétend être son dû.

 

Depuis ce jour, tu es restée scotchée, incrédule,

non il s'agit forcément d'une erreur,

il faut aller le chercher, expliquer, supplier, prier.

Pas de larmes, pas de cris, aucun hurlement.

Un état second.

Tu erres branlante, tremblante,

ton cerveau est en bouillie,

tu es sans être, tu vis sans vivre,

tu ne crois plus en rien,

tu es terrifiée en permanence,

muette, tu as beau ouvrir la bouche

pour faire sortir les cris, tu reste sans voix.

Tu as mal partout, le poitrail surtout et le

bas ventre, les douleurs de l'enfantement.

Bref, tu ne t'en remets pas.

 

Tu te Janis Joplin à fond dans les oreilles,

à t'en faire exploser les tympans ;

crie Janis, crie s'il te plait n'arrête pas de hurler

car vois-tu, moi j'en suis incapable.

Il paraît que c'est pour garder

ce que la mort m'a volé.

Un petit garçon beau comme une averse

apaisante après une journée de canicule,

comme ce jour où il est parti

pour ne plus revenir.

 

Sos mère en détresse n'existe pas.

Personne ne peut rien, plus rien, jamais rien.

Hélas Olympe est un mythe,

Zeus un songe de poète,

et l'on ne revient pas d'entre les morts.

 

Je me laisse glisser,

bercée par le chagrin de Janis hurlant

ses peines dans mes oreilles.

 

Eh ben oui, qu'est-ce que tu croyais cocotte ?

Tout se paye, y compris la vie !

 

Oh, je ne croyais rien madame la mort,

absorbée que j'étais par son premier cris,

devant ses gazouillis, ses premiers mots, ses premiers pas,

la première fois où il a écrit son prénom

tout seul comme un grand.

Et là, vous êtes arrivée comme une mauvaise surprise !

 

 

Faustine

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BARSALL 19/08/2008 19:52

Waouhhh, te lie m'a fait avoir une grosse boule dans le ventre, comme si j'étais femme, comme si j'étais mère.... vraiment pas facile d'être mère et surtout de voir la flamme de l'innocence s'éteindre sous nos yeux...Tes écrits sont vraiment d'un engagement très émotif.Continue ma grande, c'est vraiment beau