MAMAN VEUT ECRIRE DES POEMES ou la difficulté de concilier l'inconciliable

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 

Voici le temps où je me reproche la faiblesse de mes écrits

mais comment écrire avec passion et pertinence des vers concis

quand je ne puis avoir un lieu où règne la quiétude et le recueillement

toutes choses nécessaires à un travail de qualité.

Je suis sans cesse interrompue, du lever au coucher je n'ai pas de tranquillité.

 

Je suis une « ménagère de moins de cinquante ans », responsable de deux enfants.

Dès le réveil, j'ai à peine posé un pied à terre, qu'il me faut veiller au petit déjeuner,

à l'habillage du plus petit, le conduire à l'école, au retour voilà qu'il me faut ranger la maison,

faire les lits, remplir le lave-linge, plier celui qui est sec,décrasser la baignoire, aspirer la poussière, faire la vaisselle etc etc.

Le temps à filé à vive allure, j'ai à peine eu le temps de m'enquerir

de mon cahier et d'une plume, que le téléphone sonne.

C'est le proviseur du collège que fréquente mon fils aîné, qui veut me rencontrer au plus tôt,

l'heure est grave paraît-il.

Je pose à regret mon cahier et me précipite à l'école pour entendre les mêmes plaintes

que subissent tous les parents dont l'enfant est paraît-il difficile parce qu'il ne veut pas être un mouton docilequi suit le troupeau bien sagement, dans le rang.

Ne surtout pas déborder du carcan imposé,c'est crime de « lèse-enseignant ».

« Comprenez, madame, c'est inadmissible ».

Car on vous donne sans cesse du « Madame » histoire de vous faire avaler le pilule que vous trouvez trop amère et qui vous reste en travers de la gorge :

« votre fils est sur la mauvaise pente », forcément, on soupçonne-là de la graine de délinquant.

Vous rétorquez que votre enfant n'a que 12 ans, ils vous répondent que justement, il faut débusquer dès le plus jeune âge, le délinquant qui sommeille en lui, tapi là dans l'ombre, tel un volcan en sommeil n'attendant que l'occasion de se réveiller, de se révéler pour mettre en péril cette société, comme le volcan qui un beau jour se met à cracher un déluge de feu détruisant tout sur son passage.

Il faut donc sanctionner cet outrecuidant :

pour commencer il devra copier dix fois le règlement intérieur du collège, qui est long de maintes et maintes pages d'interdictions.

Vous faites remarquer que cette punition est disproportionnée pour un stabilo emprunté avec politesse et rendu de même en faisant le moins de bruit possible pour ne pas perturber le cours,

et que nulle part dans ce règlement intérieur, il n'est indiqué que l'on ne peut emprunter un stylo à un camarade.

Alors, ils vous regardent avec des yeux ronds d'étonnement et de mécontentement, n'oubliant pas au passage de vous donner encore une fois du « Madame », en pesant sur le mot pour vous faire sentir comme ils ne vous comprennent pas et comme il ne sied pas que vous n'alliez pas dans leur sens.

Et vous sentirez derrière les paroles de ces personnes, que puisque vous êtes une mère qui élève seule ses enfants, vous êtes une tare pour notre société, donc vous êtes cataloguée « cas social »

et votre progéniture avec vous.

Ils pousseront l'insulte en vous demandant, d'un ton paternaliste, s'il ne serait pas « judicieux » pour vous et vos enfants, de « bénéficier » de l'appui d'un éducateur social et du suivi d'un psychologue pour vous « aider » à élever vos enfants.

Vous ravalerez votre indignation pour leur répondre, sur le ton le plus cordial qui soit,

« merci mais cela ne me semble pas nécessaire à moins que l'on érige une loi qui impose à chaque foyer, monoparental ou pas, un suivi psychologique parce qu'il y a un pré-adolescent dans la maison ».

Alors là, bien qu'ils restent muets et se lancent des oeillades explicites entre collègues, vous ne pouvez vous empêcher d'entendre leurs pensées :

« pas étonnant qu'avec une mère pareille, cet élève soit sur les sentiers de la perdition ».

Ils finiront par lâcher un « c'est dommage, madame, que vous le preniez sur ce ton » et vous taxeront d'aveuglement maternel alors que pour vous il s'agit d'amour maternel, ce qui comme chacun sait, est un grave préjudice pour l'enfant et la société toute entière.

Vous leur ferez remarquer que votre enfant ne vas à l'école pour y apprendre l'injustice, le rejet et le non respect de sa personne, car bien qu'il n'aie que 12 ans, lui aussi a droit au respect, sans quoi il ne peut à son tour respecter les enseignants qu'ils sont.

Là, vous passerez carrément pour une folle et une irresponsable.

Et puis sentant que l'entrevue prend une tournure singulière, en fait c'est un procès en bonne et due forme qui vous est fait et leur condamnation unanime voudrait être sans appel :

ils préconisent un classe PEP pour votre fils à la rentrée prochaine.

Vous voulez mettre un terme à cette discussion mais vous êtes une mère soucieuse du devenir de son enfant, vous prenez donc patience et tentez d'oublier cette migraine lancinante que vous leur devez, vous restez.

Vous soulevez les objections qui s'imposent, ces classes-là sont des voies de garage qui annihilent toute perspective d'avenir digne de ce nom, pour un collégien qui n'a pas la chance de correspondre trait pour trait à « l'étudiant modèle » que l'école veut discipliné, obtenant dans chaque matière qui lui est enseignée les meilleures notes, dont les cahiers et les livres sont un modèle de bonne tenue, qui est sage et silencieux telle une image collée au mur (sauf quand le professeur veut bien lui octroyer la parole) et dont tout un chacun ne peut que louer la docilité.

 

Entre temps, mai 68 et ses jeunes gens, qui en avaient assez des brimades de la société de l'époque, vous traversent l'esprit tant l'idée du nettoyage au karcher s'est frayé, et c'est effrayant, un chemin jusqu'à l'école ; vous vous dites que nous y marchons à grandes enjambées, vous vous

gardez bien d'en parler par peur du retour de la guillotine.

 

En fait, tout le problème est là : votre enfant est basané, il a carrément intérêt à être un beni oui oui, ça vous le leur dites.

Alors là, c'est le pompon, vous êtes débile voire ignare, vous interprétez de travers ce qu'on vous explique, ça ne fait aucun doute puisque vous n'avez pas le CAPES vous, qui n'êtes que parent d'un négrillon de surcroît, il est clair que vous ne pouvez prétendre comprendre l'insulte là où elle se

dissimule, vous ne pouvez pas être douée d'intelligence.

 

Seulement, voilà, votre fils à vous, voudrait faire carrière dans le football, c'est son rêve depuis la coupe du monde 98, il avait 2 ans.

Et ce rêve-là, les enseignants ont décidé de le briser en faisant de chacun de ses bulletins scolaires, le compte-rendu d'un jugement défavorable et sans appel !

 

Oui ils ont ce pouvoir, ils ne se privent pas d'en faire usage, qui fermera toutes les portes des centres de formations par lesquels chaque aspirant footballeur est tenu de passer.

Est-ce là le rôle de l'école ? Je ne puis m'empêcher de me poser la question.

Votre fils a, certes, du caractère, il ne se prive pas de le montrer ce qui est désormais jugé inacceptable par le corps ensaignant, alors que d'un autre côté, les psychologues vous diront à vous parent, qu'il ne faut pas brimer le caractère d'un enfant, qu'un enfant épanoui est un enfant qui a aussi la liberté de s'exprimer tant qu'il le fait avec respect et politesse.

Quant à vous parent, vous savez bien que dans ce monde qui est le nôtre, chacun a intérêt à avoir du répondant pour s'imposer, sous peine d'être écrasé comme un insecte importun.

 

Après cette rencontre édifiante, vous voilà de retour au bercail où vous constatez qu'il est juste temps d'aller chercher le petit dernier à l'école et là, vous enchaîner de nouveau, goûter, câlins, jeux, devoirs d'école, bains, disputes, cris, pleurs, préparation du repas du soir et couché d'enfants récalcitrants.

 

Bien souvent l'aube vous surprend endormie, la tête posée sur votre cahier, le bic à la main. Il ne reste plus qu'une heure avant que le réveil sonne.

 

Allez trouver, après tout cela, le repos de l'esprit, pour écrire un poème qui ne sonne pas creux, qui d'une grâce toute allégorique, dise la beauté, insuffle l'espoir et inspire une mélodie éternelle.

 

 

 

Faustine

 

 

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Librellule à tête de chat 09/01/2010 10:03


Oui.
Il y a ceux qui voudraient que nous n'exprimions que la beauté et l'espoir.
Exprimons ce que nous avons à exprimer.
Amicalement
Librellule