Morceaux Choisis

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Chantons à l’unisson, jour et nuit, Le Dieu Musique

pour qu’il nous délivre des douleurs de ce monde,

puisqu’il devient de plus en plus éprouvant

chaque jour de se lever,

de mettre un pied devant l’autre

pour aller de l’avant.

Les descendants

ont soif de cours

d’Histoire,

de celle qui ne nous a pas été apprise en cours.

Devenus adultes, nous glanons

de-ci, de-là, des bribes de savoir

partiel, distillé avec parcimonie par les tenants du Savoir.

Cela fait de nous des moitiés

de pas grand-chose,

cela fait comme si l’on fendait un arbre

en deux, en son milieu,

de haut en bas, de la cime aux racines,

cela fait comme si on éparpillait

cette moitié coupée

où aller où, chercher les morceaux éparpillés ?

Comment les rassembler ?

Et cela fait comme si on restait là

à regarder ce que pourra devenir ce demi-arbre.

Que peut devenir cette moitié d’arbre ?

Cette moitié d’arbre

devient moi,

c’est-à-dire un déni à travers les siècles.

Depuis des siècles,

mon existence est niée par l’Histoire.

On m’a jetée dans l’oubli. L’oubli qui tue.

Comment peut-on mieux tuer une personne,

qu’en faisant comme si elle n’existait pas ?

Oh bien sûr, les descendants

peuvent tenter d’imaginer, d’écrire

cette partie d’eux-mêmes dont on les a ainsi privés.

Ils auraient raison

car pourquoi se priver de prendre des libertés

avec l’Histoire,

avec la chronologie historique,

quand les hommes qui ont écrit

et surtout ceux

qui ont fait cette Histoire,

ne se sont pas privés, eux,

de prendre la plus grande liberté

avec la destinée de nos ascendants.

Mais, ce faisant, les descendants

verrons qu’il reste-là,

tout au fond de la gorge,

tout au fond du cœur,

au plus profond des tripes,

dans le cerveau, là,

comme un goût d’inaccompli, n’est-ce pas ?!

Voilà pourquoi j’écris que Guinée et N’Gola,

ont enfantés le Brésil,

Voilà pourquoi j’écris que Guinée et N’Gola,

ont enfantés le Cap Vert,

Voilà pourquoi, tout comme le brésilien,

je suis plurielle, d’origines diverses et variées,

cent pour cent incontrôlables, invérifiables,

je suis un puzzle où il manque des pièces.

Ainsi que je l’ai déjà écrit,

en tant que capverdienne

née en un pays d’Afrique francophone,

je ne sais rien ou quasiment,

ce qui revient au même de mon point de vue,

sur mes origines véritables.

J’ai quelques pistes, très vagues à vrai dire.

Le Cap Vert est un pays

né du mariage arrangé et forcé,

entre blancs et noirs,

à une époque où certains hommes

se sont dit qu’ils allaient partir

à la conquête de certaines contrées,

appelées Terra Incognitae,

pour laver certains revers

qu’ils avaient essuyés à quelques temps de là,

lors de ce qui fut nommé par l’Histoire, une croisade.

Arrivés sur place, ces hommes s’étant aperçus que les terres

qu’ils foulaient du pied,

regorgeaient de richesses de toutes sortes,

tant humaines que matérielles,

ont décidés d’annexer ces terres

de s’octroyer ces richesses,

quitte pour ce faire,

à peupler par force certaines steppes inhabitées.

C’est le cas notamment des Iles du Cap Vert,

dont les habitants sont métis

à quatre vingt dix-huit pour cent,

à en croire certains.

Quatre vingt dix-huit pour cent

de mélange de peuples d’Afrique

pour une grande part, mais d’où exactement,

il est très difficile de le savoir avec précision,

de peuples d’Europe pour une autre large part ;

portugais, anglais, peuples d’Inde,

car les portugais ont fait des incursions

là-bas également et ainsi de suite.

On fait quoi avec ce qui est un lourd héritage ?

Jusqu’à présent, j’ai tenté de survivre avec.

Très mal je dois dire, si je veux être un peu sincère.

On subit, on ronge son frein,

on se prend la tête, on se la cogne même, la tête,

on ressasse, on tourne en rond au point de frôler la folie,

on tourne autour du pot, on souffre,

on a la haine, on est en colère,

on hurle contre l’injustice,

toutes les formes d’injustices.

Je pourrais poursuivre de la sorte

pendant des pages et des pages,

pour en définitive, RIEN.

Voilà. Rien du tout !

Mon patronyme est à consonance portugaise. Soit.

Mais comme ma peau est noire,

je me demande souvent, avant de porter ce nom portugais,

quel était le patronyme de mon ancêtre noir ?

Mystère.

Pas le début du moindre petit ersatz de réponse à cette question.

Rien, nada, nothing, que dalle !

Rien. Amoul dara !

Il n’y a rien ni personne

pour me guider dans ce labyrinthe

afin que je puisse trouver une preuve,

une trace de mon ancêtre l’Africain

que l’Histoire a balayé d’un revers de main,

que tout le monde semble avoir oublié.

Mais moi, je veux me souvenir de lui,

je souhaite le trouver afin qu’il me délivre enfin

de cette prison innommée qu’est l’oubli

et me transmette son patronyme.

Je n’ai pas choisi de naître métisse,

je le suis, je n’ai pas d’autre choix,

il n’y a rien d’autre à ajouter à cela ?

Mais alors, pourquoi toutes ces cachoteries

à propos du choc violent, résultant

de la rencontre de deux cultures ?

Qu’y a-t-il de si honteux dans cette histoire,

qu’il faille le dissimuler ?

Faute de Savoir, je m’imagine le pire, le savez-vous ?!

Voilà pourquoi j’écris, j’invente,

je tente d’imaginer ce que cela a pu être.

Oui, je suis l’une des martyrs de l’Histoire,

archivée, enterrée moitié vive

dans les limbes de l’Histoire.

Il y a un manque,

en moi, un gouffre de douleur que rien ne peut combler.

Sur une échelle de un à dix,

où placeriez-vous cette douleur ?

Sur dix, docteur,

Sur dix,

tous les métis

qu’ont engendrés les croisades

et autre reconquista, et il y a pléthore de métis,

cette terre entière est peuplée de métis,

savent de quoi je parle, ressentent cette douleur

du membre coupé qui manque,

cette autre moitié de nous escamotée.

Alors, nous apprenons qu’il faut pardonner

Alors, nous allons pardonner

mais jamais oublier !

L’oubli tue !

On se meurt à petit feu,

l’oubli est une gangrène qui grignote peu à peu

tout ce qu’elle peut,

la gangrène s’installe, elle prend ses aises,

elle grignote le cerveau, là

elle grignote toutes les tripes,

elle grignote entier le cœur,

elle grignote toute la gorge,

elle grignote tout ce qui reste là,

parce qu’ils ont fait des petits arrangements entre amis,

ils ont partagé le monde

faisant fi de ceux qui restaient

et dans les mains de qui ils les mettaient.

Oui, y’en a marre

de subir les petits dieux,

dieu avec un tout petit d.

Oui, de bien petits dieux

pour les grands maux infligés à l’humanité

car pour sûr, ils sont les dieux

de la désolation, dieux

de guerres sanglantes, dieux

de la misère, dieux

de l’infamie, dieux

de la dignité piétinée chaque jour, dieux

de la honte.

Oui, la honte

d’appartenir à la même humanité

que ces assoiffés du pouvoir

qui n’ont pas une once d’humanité,

qui ne sont là que pour voir, pourvoir

leur porte monnaie d’un max de fric.

Et après, les politiciens-là, nous assènent

que l’Afrique doit du fric.

A qui devrait-elle du fric, l’Afrique ?

Au nom de quoi, elle devrait du fric, l’Afrique ?

Est-ce qu’elle n’a pas assez payé comme ça, l’Afrique ?

Les amis qui ont fait de petits arrangements entre eux,

lui ont pris tout ce qu’ils pouvaient lui prendre, entre eux.

Ils l’ont laissé exsangue, l’Afrique,

entre les mains d’hommes vils,

qui laissent mourir les peuples

sans bouger un cil,

qui tuent toute lueur d’espoir,

tout désir d’un avenir meilleur chez soi,

qui ne laissent entrevoir

comme seul possible,

l’ailleurs,

l’ailleurs d’où on les repousse,

l’ailleurs pour lequel ils crèvent

en traversant les déserts, sur les mers,

l’ailleurs où on les stigmatise,

l’ailleurs où ils sont assignés au HLM,

l’ailleurs où les métiers qui leur sont désignés d’office,

c’est femme de ménage, balayeur

l’ailleurs où même quand ils sont docteurs,

ils n’ont pas le même salaire

que les autres docteurs.

Bon, à la rigueur

on veut bien qu’ils soient footballeur,

l’argent n’a pas d’odeur, ni de couleur,

on veut bien tolérer qu’ils soient musiciens,

ça mange pas de pain.

Alors, bonjour l’Africain à Paris,

bonjour l’exil,

bonjour la peine

pour ceux qu’on laisse

au pays, et qui nous manquent cruellement

bonjour le délit de faciès,

bonjour les vexations de l’administration

au quotidien.

A celui qui chante pour que justice soit faite,

A celui qui chante ouvrez les frontières,

on répond : le pays va mal,

« la France n’a pas vocation

à accueillir toute la misère du monde »

(c’est un homme de gauche qui a dit cela.

Gauche Droite tous pareils ? Même combat ?)

La France a pourtant eu vocation hier,

à aller asservir,

à piller Africa de ses ressources

tant humaines que matérielles,

provocant par là-même, la misère

qu’elle se refuse à accueillir aujourd’hui.

Et après cela, les politiques d’ici, vont donner

des leçons aux pays d’Afrique,

en allant dire là-bas (entre autres monstruosités),

que « l’homme africain

n’a pas sa place dans l’aventure humaine »,

en faisant l’amalgame

entre l’Africain et celui qui le gouverne,

amalgame

entre le puissant et l’impuissant,

amalgame

entre le pauvre

et celui qui s’est enrichi

sur le dos du pauvre

à qui l’on dit ici :

va-t-en,

ce rejeté ne pourra que demander

où veux-tu que j’aille ?

On le renverra dans son pays d’origine,

peu importe qu’il n’y soit pas né,

une fois sur place, il sera victime

de discrimination là-bas,

un comble tout de même,

il pleurera la misère étalée sous ses yeux endoloris

par tant de foly,

priera viens voir

ce qui se passe, il pourra pousser

tous les coups de gueule pour que

le tyran quitte le pouvoir avec

toutes ses promesses bla bla,

le puissant n’en aura cure.

C’est ainsi que nous pourrons

faire échos à ses lamentations

parce que le monde est décevant,

ce monde est affligeant.

Il aura mal en voyant que nous

donnons à l’Occident

le bâton pour nous battre, en ajoutant

de l’eau à son moulin à paroles,

quand nous pratiquons l’excision,

quand nous mutilons les petites filles,

en les privant de leur être intime,

sans doute pour qu’elles aient une image précise

de ce que sera leur vie de femme,

dans la souffrance, sous prétexte de tradition

à respecter.

Alors, les occidentaux pourront nous taxer de barbarie,

ils pourront faire semblant d’ignorer

que nous combattons cela de l’intérieur,

ils pourront faire semblant d’ignorer

qu’il y a eu Sundjata Keita,

qu’il y a eu Patrice Lumumba,

qu’il y a eu Amilcar Cabral,

qu’il y a Nelson Mandela,

qu’il y a nha Nacia Gomi

et toutes celles et ceux que j’oublie.

Alors oui, chantons à l’unisson

Imadjigui, même si j’ignore le sens

de ce mot, sa sonorité me plait,

je me plais à imaginer

que cela veut dire Imagine ;

Imagine

ce que serait l’avenir si tu savais,

Imagine

des lendemains riants,

Imagine

des enfants dansant,

Imagine

Qu’ils sont des fleurs

qui vont éclore demain.

Alors oui, chantons à l’unisson

une ode au Savoir qui manque,

pour qu’on nous rende

l’autre moitié du moi qui manque.

 

Faustine – juillet 2009

Les mots en italique sont glanés dans la discographie de Tiken Jah Fakoly, auquel je n’ai pas demandé l’autorisation de piller ainsi son œuvre. Je lui demande mille fois pardon pour cela.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

SLAM POESIE DE FAUSTINE 22/01/2010 10:06


Vous avez raison Val, j'ai plus appris l'histoire de France, pour mieux comprendre l'histoire du Cap Vert, il me faudrait apprendre la langue portugaise réputée difficile.
En ce moment je n'arrive plus à écrire.


valerie 21/01/2010 21:29


Les Français ne sont pas tous des cracks en histoire, et moi non plus.

Et puis, peut-être avez-vous appris l'histoire de France plus que celle du Cap vert (?)

Mais l'émotion est là, puissante et plus puissante que l'ignorance quelquequepart.

A chaque fois que je viens sur votre blog, je pense aussi à Haïti.

Faustine, si vous pouvez, continuez à écrire.

J'embrasse toute la famille.

Val qui lit(librellule)





SLAM POESIE DE FAUSTINE 18/01/2010 09:49


Merci Annick pour vos mots. J'ai une pensée toute particulière pour Tiken Jah Fakoly
l'écoute régulière de ses albums a fini par faire écho en moi, c'est ce qui a pu aboutir à ce texte. J'apprends grâce à la lecture et aussi grâce à la musique.


Annick 17/01/2010 15:20


Merci Faustine,
c'est fort à lire,

l injustice du monde, c'est bon de ne jamais accepter,

et de penser travailler pour la justice, déjà, sur son petit périmètre,
en Humain limité,

et c'est si bon de rester Humain, A VIE!

Merci Andrée,
de m'avoir guidée vers l'écrit de Faustine.


gazou 15/01/2010 21:26


Oui, ce long cri douloureux nous touche en plein coeur..et on ne peut que remercier Faustine et toi Andrée qui nous fait passer son message