Irène - Feuilleton - Episode 2

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Irène a trouvé du travail

 

Le Pôle-emploi, après avoir adressé à Irène des propositions de travail toutes plus absurdes les unes que les autres, qu’Irène a refusées, l’a convoqué pour l’informer qu’ils avaient une énième offre à lui faire, et que si elle la refusait, son allocation chômage serait suspendue.

Irène a accepté le travail non par crainte des menaces de pôle-emploi, mais parce que lorsque toute sa vie l’on a travaillé, on ne peut rester longtemps sans emploi. L’on est, en quelque sorte, conditionné à tel point que l’on ne se sent plus vivre sans travailler.

Irène, sans en porter le titre et sans percevoir le salaire de ses nouvelles fonctions, est gouvernante. Ces patrons l’appellent garde d’enfant et femme de ménage.

La famille qui emploie Irène, est ce qu’il communément admit d’appeler une famille recomposée. Monsieur est chef d’entreprise, il se déplace beaucoup dans le cadre de son travail. Monsieur a eu, d’une précédente union, trois enfants. Madame est cadre dans une multinationale, elle aussi voyage beaucoup pour faire son travail. Madame a eu deux enfants avec son premier mari. Depuis leur mariage, Madame et Monsieur ont eu deux enfants.

Cette famille habite une propriété dans le centre ville. La maison à elle seule, mesure 700 m2 sur trois étages. Il y a un immense jardin, 8 chambres, quatre salles de bains, salon, cuisine terrasse et balcons, une salle de jeux, le bureau de Monsieur, le bureau de Madame et une buanderie.

Ce que ce couple de personnes très occupées par leur travail, attend d’Irène, c’est qu’elle accompagne les plus jeunes enfants à l’école tous les jours et aille les chercher (les enfants ne sont pas inscrits à la cantine par choix des parents), qu’elle les conduise à leurs activités périscolaires les mercredis et samedis, qu’elle prépare les repas pour toute la famille, qu’elle veille aux devoirs d’école des enfants, qu’elle reste dormir à la maison les soirs où les parents s’absentent (quatre fois par semaine et certaines fins de semaine où ils se trouvent en déplacement), qu’elle lave et aide à s’habiller les plus jeunes, qu’Irène fasse les courses, le ménage et entretienne le jardin, qu’elle fasse tourner le lave-linge et qu’elle pourvoie au repassage.

Irène perçoit un salaire net de 1000 euros. Ses employeurs refusent d’envisager une augmentation de ses gages au motif qu’ils mettent une chambre meublée à sa disposition et qu’ils la nourrissent le midi et les soirs où elle fait pour eux du baby-sitting, ils ne la dédommagent même pas pour les frais d’essence. Irène travaille de 7h à 21h. Elle a un dimanche de libre par mois.

Avec les gardes alternées, une semaine sur deux, Irène a la charge de 7 enfants mineurs. Avant Irène, ce couple avait déjà employé 5 personnes, qui ont toutes démissionnées au bout de 4 à 6 mois, parce que le travail est harassant, pénible et surtout très mal rémunéré.

Quand, à la fin du mois Irène voit sa feuille de paie, elle a envie de pleurer. Mais elle serre les dents et tient bon. Elle ne sait pas combien de temps elle pourra tenir à ce rythme effréné. Elle hésite à cause des enfants. Elle culpabilise, se fait du souci pour ces enfants qui ne voient pas beaucoup papa et maman, qui changent de nounou trois fois par an. Irène sait bien qu’elle n’est pas responsable de cette situation, mais elle ne peut s’empêcher de se torturer l’esprit à leur sujet.

Irène se dit qu’il est également beaucoup question dans les discours politiques, de ces étrangers qui viennent en France et profitent du système. Quant elle entend de telles choses et qu’elle les rapproche de sa situation de travail, Irène se dit qu’une fois encore, on ne regarde pas dans la bonne direction, que l’on n’accuse pas les bonnes personnes de profiter du système.

Car ses patrons sont des gens qui ont de l’argent, le fait pour eux d’employer Irène leur vaut des déductions d’impôts. Ce ménage, a les moyens de payer à Irène un salaire de gouvernante, car une gouvernante, gère le bon fonctionnement d’une maisonnée, surtout une maisonnée de l’envergure ci-dessus décrite. Non seulement Monsieur et Madame ont besoin d’une gouvernante mais en plus, il leur faudrait employer une femme de ménage et un jardinier, même si l’entretien du jardin ne nécessite l’intervention d’un jardinier qu’une fois par mois.

Voilà des personnes qui pourraient créer trois emplois au lieu d’un seul mais se refusent à le faire parce qu’on ne va tout de même pas payer trois salariés alors qu’une seule peut faire l’affaire. A cause du chômage galopant, ils sont sûrs de toujours trouver un demandeur d’emploi qui acceptera, pour gagner sa pitance, ces conditions de travail-là.

Alors, en effet, qui sont les profiteurs du système ?

 

Faustine

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Denis Marulaz 12/10/2010 00:20



Tout est dit. Ecriture concise, efficace.


Denis