Irène - Feuilleton - Episode 4

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Aurélie, 19 ans, un CAP et un BEP de coiffure en poche, est embauchée à l’essai dans un salon de coiffure

 

Aurélie Da Costa, a été une enfant précoce. C’est d’ailleurs elle qui a appris à lire, à écrire et à compter à son petit frère Jérémie. Durant toute sa scolarité, Aurélie a souffert à l’école. Elle n’a pas trouvé sa place au sein de l’école de la République. A l’âge de quatorze ans, Aurélie en a eu assez de toute cette souffrance. Elle a opté pour l’apprentissage. Etant très coquette et monopolisant la salle de bain des heures durant à essayer diverses modes de coupe de cheveux et de brushing, sans compter tous les accessoires pour agrémenter un chignon, rallonger les une chevelure courte par l’ajout de mèches, les couleurs, le défrisage, les nattes, les tresses et les permanentes ; Aurélie s’est dit qu’elle avait trouvé sa voie.

Elle a demandé une orientation vers le CAP coiffure, puis elle a renforcé cet apprentissage par un BEP. Après le BEP, elle a suivi une formation dispensée par le GRETA, laquelle formation lui a délivré un troisième diplôme de Spécialiste en Techniques de coiffure, ce qui veut dire qu’Aurélie Da Costa a étudié la biologie pour apprendre comment et de quoi sont composés les produits colorants et les produits de défrisage du cheveu ou les shampooings, quel dosage il convient d’appliquer pour obtenir une bonne coloration (ce qui évite de se retrouver avec les cheveux couleur lilas, comme on le voit souvent) et un bon défrisage (ce qui évite d’avoir le cuir chevelu brûlé, ce qui n’est pas rien). Aurélie coiffe sa maman, sa tante, les copines, elle coupe les cheveux de son frère et des copains ce qui lui a permis de se constituer un book sur lequel on peut voir qu’elle a un sens certain de l’esthétique. On peut donc dire que cette jeune fille a une très bonne formation et de l’expérience dans son domaine, c’est d’ailleurs pour cela qu’elle voudrait un jour ouvrir son propre salon de coiffure.

Depuis 6 mois Aurélie va de salon de coiffure en salon de coiffure dans la région. A chaque fois, elle est embauchée à l’essai. Au bout de deux jours d’essais, les patrons de ces officines, lui disent systématiquement la même chose. « Aurélie, je ne peux pas t’embaucher, une salariée coûte trop cher, tu comprends les charges sociales, la crise » etc., « il est inutile que tu reviennes demain ». Toutes les jeunes filles avec lesquels Aurélie a fait ses études de coiffure sont dans la même situation qu’elle.

Irène Da Costa est révoltée par le comportement scandaleux de certaines personnes qui ont compris comment utiliser les failles du système et embauchent des demandeurs d’emploi à l’essai, pour deux jours, puis les jettent tels des kleenex usagés, ce qui leur épargne (c’est le cas de le dire) de payer les frais de charges sociales.

Elle ne peut parler avec certitude que de la région où elle demeure, mais Irène pense que cela doit être la même chose sur tout le territoire français, il y a là un vrai problème que les élus devraient étudier à la loupe. Ces commerçants ont tous pignon sur rue. Irène pense qu’il est inconcevable que l’on autorise l’exploitation des gens de la sorte, sur une durée illimitée, en toute impunité.

Quand on connaît le tarif pratiqué dans le moindre salon de coiffure pour une simple coupe de cheveux avec brushing (de toute façon ils ne vous permettront jamais de quitter leur fauteuil sans vous sécher les cheveux et le moindre séchage de cheveux s’appelle Brushing), Irène Da Costa estime être en droit de se dire « qu’on se fout de la gueule des gens, qu’il y en a marre, ça suffit comme ça ». (Irène présente ses excuses pour avoir été grossière « mais il y a des moments où ça déborde et il faut que ça sorte »).

Alors, oui, Irène Da Costa est une femme en colère. Elle en a assez de tous ces discours politiques où l’on désigne systématiquement les mêmes à la vindicte populaire, en traitant les bénéficiaires des minimas sociaux de profiteurs (s’ils en sont là, c’est parce qu’ils sont au chômage ou que leur salaire est trop bas, quand ils ont la chance d’avoir un travail), en accusant les étrangers de venir voler le travail des français et de voler l’Etat français parce qu’on leur verse les allocations familiales, les « Roms »  (qui sont tout de même européens ; roumains ou bulgares quand ils ne sont pas hongrois comme les parents du Président de la République) sont traités comme s’ils étaient la lie de l’humanité et expulsés manu-militari, les « sans papiers » sont indésirables, les afghans sont renvoyés dans un pays en guerre («ce qui est de la non-assistance à personne en danger : l’Article 223-6 du Code Pénal prévoit une peine d’emprisonnement de 5 ans et 75 000€ d’amande pour ce crime»), les fils et filles de français d’origines étrangères, nés sur le sol français de parents français sont traités de racaille qu’il faut nettoyer au karcher, quand ils ne sont pas tués pour avoir volé un scooter et les personnes de confession musulmane de terroristes.

Puisqu’il vient d’être question de terrorisme, elle demande à haute voix « qui fait régner la terreur dans ce pays depuis 2002 » ?

Irène se dit que, certes, dans cette contrée il y a, sans conteste, des voyous et des délinquants, une fois ce constat établi, il conviendrait de les chercher du côté de ces « bons français », d’après les critères d’Eric Besson, qui arnaquent l’Etat en faisant travailler deux jours (pas un de plus) une personne dans l’unique but d’éviter de payer des charges sociales. Tous les trois jours, ils embauchent un nouveau salarié à l’essai. Cela leur fait faire de sacrées économies !

 

Au prochain épisode, nous verrons comment la sœur d’Irène est envoyée par pôle emploi dans une imprimerie sous prétexte de faire un stage PAO pendant 15 jours, et l’absurdité, pour un Etat, absurdité qui persiste depuis des années dans ce pays, qui consiste à verser à une entreprise 1 euro et quelques cts par jour, pour qu’elle prenne des stagiaires qu’elle ne formera pas. Cela dans l’unique but de faire baisser le nombre de demandeurs d’emploi.

Autres épisodes prévus : les supermarchés qui refusent l’entrée des magasins aux adolescents, les obligent à laisser leur sac à dos contenant leurs affaires d’école dans le hall, qui reste sans surveillance, au risque qu’ils se fassent tout voler, et si l’adolescent insiste, leurs vigiles, qui sont des colosses, les frappent (si c’est pas faire régner la terreur ça…) ; les HLM ont enfin octroyé à Irène un appartement digne de ce nom. 


Faustine

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