Irène - Feuilleton - Episode 5

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

La sœur d’Irène est envoyée par pôle-emploi dans une imprimerie pour faire un stage PAO

Marthe a 45 ans, elle s’est inscrite il y a quelques mois à pôle-emploi dans le but de trouver du travail. Avant d’être au chômage, Marthe, a travaillé plus de 20 ans dans le secteur tertiaire à Paris, puis, elle est tombée malade à cause du stress que cause le fait de parcourir 1h30 de trajet en bus, métro, RER, métro, pour aller travailler et la même chose pour en revenir. Un matin, en entrant dans le métro, Marthe a été bousculée, la dernière chose dont elle se souvient, c’est qu’elle s’est vu choir. Elle a perdu connaissance. En revenant à elle, elle s’est sentie étouffer, elle n’arrivait plus à respirer et un violent mal de tête l’empêchait de voir clair. Quand elle a eu repris ses esprits, elle a quitté le métro et est rentrée chez elle à pied en claudiquant. Arrivée à la maison, elle a appelé son travail pour dire qu’elle n’irait pas travailler ce jour-là, puis elle a appelé le médecin, sa cheville étant enflée et la faisant souffrir. Le praticien en l’examinant a constaté qu’elle pesait 48 kilos, qu’elle avait 8 de tension et une entorse au pied droit. Il lui a donné les premiers soins, lui a prescrit un arrêt de travail de 8 jours, a lui-même appelé un collègue psychothérapeute et noté la date et l’heure d’un rendez-vous pour sa patiente.

Le psychothérapeute consulté par Marthe a été très clair : « vous n’avez plus la force de mener ce train d’enfer  pour gagner votre vie, madame, il vous faut changer de style de vie, vous êtes mère de  deux enfants qui ont besoin de vous. Aux huit jours d’arrêt de travail que vous a prescrit mon collègue, j’ajoute 30 jours et je vous prescrits un médicament pour vous aider à avoir de l’appétit. Vous conduisez ? Dans ce cas il faut vous passer de votre voiture tant que vous prendrez ce traitement. Vous devez impérativement prendre du poids sinon, vous risquez de mourir».

Marthe a beaucoup réfléchi durant ces 38 jours d’arrêt maladie. Elle ne peut plus entendre parler de train, de métro ou de bus sans faire une crise d’angoisse ; elle est devenue claustrophobe et souffre d’agoraphobie.

Elle a appelé sa sœur Irène qui vit en province et lui a raconté ses déboires. Irène a proposé de les accueillir elle et ses deux garçons le temps pour Marthe de trouver un logement. C’est ainsi qu’elle a quitté Paris et la folie qui y règne pour une vie un peu moins mouvementée. En quinze jours, Marthe a trouvé un appartement et elle s’est inscrite à pôle-emploi.

Tout le monde, mis à part Irène, demande à Marthe pourquoi elle a quitté Paris. Sans compter son fils aîné qui lui en veut à mort d’avoir délaissé la capitale, en oubliant qu’ils n’habitaient pas à Paris même, mais une banlieue horrible au-delà du périphérique.

Une fois installée, Marthe s’est demandé ce qu’elle allait faire pour gagner sa vie. Elle a toujours aimé cuisiner. Elle s’est renseignée dans le but de savoir si elle pouvait prétendre à une aide quelconque de l’Etat ou à un emprunt bancaire pour ouvrir un petit lieu de restauration.

Il est beaucoup question d’encourager les demandeurs d’emploi à créer leur entreprise. Mais quand il s’agit vraiment de passer aux actes, il n’y a plus personne ; vous n’êtes pas au chômage depuis assez longtemps, votre apport personnel est insuffisant pour obtenir un prêt bancaire, vous n’avez pas assez de diplôme, bref, tout un tas de bla bla. Pour schématiser, si vous voulez obtenir une aide à la création d’entreprise, il faut : être au chômage depuis au moins 5 ans, être vieux, borgne, sourd et muet, avoir les deux bras et les deux jambes coupés et avoir été victime d’un grave « accident de la vie », ils adorent cette expression. Si comme dans le cas de Marthe, vous refusez de dire pourquoi vous avez décidé de déménager, bref aller « pleurer sa mère », comme disent les jeunes, pour obtenir leur compassion ce qui aux yeux de Marthe est indécent, vous pouvez allez vous rhabiller, ils ne bougeront pas un cil pour faire leur travail.

Marthe ne s’est pas découragée, elle a fait un stage de 235 heures pour femmes créatrices d’entreprises et elle s’est lancée dans la cuisine à domicile. C’est très sympa de faire la cuisine pour les autres, chez eux. On rencontre toute sorte de gens : chez les uns, la cuisine est si sale que même pour un chien on y préparerait pas à manger, chez les autres il n’y a pas de vaisselle autre qu’en plastique, les autres encore trouvent que vous payer 30 euros par personne pour faire les courses, cuisiner, dresser la table, servir le repas, desservir, ranger la vaisselle sale dans le lave-vaisselle et laisser la cuisine propre en partant; c’est trop cher.

Marthe a dû laisser ce travail pour cause de commandes insuffisantes mais surtout, surtout parce qu’elle a été dénoncée par un restaurateur du coin, qui a pignon sur rue, pour « concurrence déloyale ». Elle était abasourdie quand elle a vue débarquer chez elle les Douanes, pas moins, (on aurait dit Starsky et Hutch). Ils ont fouillé son appartement de fond en comble et mis du désordre. Ils cherchaient quoi ? Mystère. Ou peut-être un trafic de drogues, d’alcool ou d’armes, allez savoir ! Des fois qu’une femme qui élève seule ses enfants n’aie rien de mieux à faire qu’à se pourrir la vie davantage et pourrir celle des ses enfants davantage en s’adonnant au trafic de drogues… Bien entendu ils n’ont rien trouvé de répréhensible chez elle mais le message était clair : « toi, tu n’es pas du coin depuis bien longtemps, on ne te connaît pas et on ne veut pas te connaître ! » Deux années d’un parcours du combattant pour ça. Marthe était indignée.

Vivement encouragée par les banques, un restaurateur peu scrupuleux et les Douanes, Marthe est donc allée grossir le rang des demandeurs d’emploi. Elle s’est souvenue qu’il y avait de cela longtemps, elle avait étudié la peinture en atelier et fait quelques expos collectives. Alors quand pôle-emploi lui a parlé de ce stage PAO, elle s’est dit pourquoi pas. Elle se doutait bien que ce n’est pas en 15 jours, qu’on devient experte en PAO. Ce dont elle se doutait moins, c’est que ce stage ne lui servirait à rien car l’imprimerie où elle a été envoyée, perçoit de la part de l’Etat, 1 euro et quelques cts par jour pour chaque stagiaire « embauché » et n’en avait rien à faire d’elle ni ne se préoccupait de la former. Par manque de temps et de personnel disponible pour former le stagiaire, durant 15 jours, Marthe a donc fait de la manutention pour aider la salariée, débordée, affectée à ce poste. Elle a fait des petits trous et encore des petits trous, oui comme « le poinçonneur des Lilas », elle a plastifié et empaqueté, elle a aussi beaucoup massicoté, elle a regardé l’imprimeur manipuler de grosses presses mais elle n’a jamais pratiqué la PAO. En guise de remerciement, l’une des salariées lui a fait des cartes de visite avec son nom, le numéro de son mobile et son adresse électronique. YOUPI !

Alors, quand Marthe entend les politicards nous parler de gaspillage de l’argent public, elle se dit qu’on nous prend vraiment pour des billes et ça la met en rogne ! L’Etat est prêt à dépenser nos deniers pour tout simplement faire baisser les chiffres du chômage et ces Haut Fonctionnaires ne cherchent même plus à faire semblant de tenter de trouver des solutions pour créer des emplois, bien au contraire, ils les détruisent tant qu’ils peuvent en permettant aux Chefs d’entreprises de délocaliser le travail vers des contrées où le salarié coûte moins cher. Ce que veulent toutes ces personnes, ils ont fait les grandes écoles pour apprendre à nous balader par des billevesées, c’est le retour à l’esclavage, une société composée d’hommes et de femmes corvéables à merci, payés à coup de lance pierre. « Travailler plus, pour gagner plus » dans l’unique intérêt de quelques uns : les plus fortunés des hommes et femmes vivant en France.

Marthe se dit souvent que si elle avait les moyens et le bagage intellectuel nécessaire à cet effet, elle fomenterait une révolution pour déloger toute cette racaille qui a usurpé le pouvoir dans ce pays. Ils prônent la tolérance zéro. Fort bien : elle les licencierait pour faute grave sans aucune possibilité d’indemnités, elle les mettrait en prison pour non assistance à personne en danger y compris des mineurs de moins de 15 ans (pour chaque « sans-papier » et « Rom » et afghan expulsé manu-militari) ça mettrait ces messieurs hors d’état de nuire pour un bon nombre d’années, elle les priverait de tous leurs biens et les obligerait à bosser pour gagner un salaire de misère et à vivre des minimas sociaux, histoire qu’ils sachent de quoi ils parlent quand ils demandent aux gens de se tuer au travail jusqu’à l’âge de 62 ans pour les hommes et 67 ans pour les femmes, dans un pays où sévit le chômage, l’un des pays les plus riches aussi de la planète.

Marthe est beaucoup plus radicale que sa sœur. Elle pense que les hommes et femmes politiques au pouvoir ces temps-ci sont des criminels, qu’ils nous mentent en prétendant qu’il n’y a pas d’argent pour payer les retraites, qu’ils mentent quand ils nous disent que chaque français est endetté de 24 000 euros, on ne peut lui ôter de la tête que la crise a été inventée de toute pièce pour obliger la population mondiale à vivre dans la terreur et par voie de conséquence à se taire en dépit de toutes les misères qu’elle subit. Elle pense que c’est la finance qui gouverne le monde et les Etats sont leurs complices. Les financiers et les Etats veulent plus d’argent ? Quoi de mieux qu’une crise économique qui n’existe pas pour se remplir les poches ? Dans la foulée ça fiche le bazar et plonge le commun des mortels dans la panique. Il est très facile de manipuler des chiffres et des statistiques. Il suffit d’avoir la bosse des maths et d’avoir du bagout. Il ne leur reste plus ensuite qu’à se comporter comme des hussards pour tenter de nous faire avaler ces grosses couleuvres.

Marthe est outrée d’apprendre que les Renseignements Généraux (RG) surveillent, 24 heures durant, une équipe de télévision qui filme une émission de distraction pendant le sommet Allemagne, Russie, France se déroulant à Deauville, n’est-ce pas là du gaspillage de l’argent Public ? Marthe est outrée de constater que le gouvernement en place envoi les CRS charger les lycéens qui manifestent dans la rue et leur tire dessus au flash ball. Marthe est comme la plupart des gens, dans l’absolu elle est contre toute forme de violence surtout contre la peine de mort, mais si on touche à un cheveu de l’un de ses enfants, elle bute ce « on ». Rien à faire qu’il fasse partie des forces de l’ordre dans l’exercice de ses fonctions. Ce n’est pas le travail d’un policier de tirer sur des enfants. Un policier qui se respecte ne tire pas sur des lycéens. Le flic responsable d’un tel acte ne pourrait plus jamais vivre en paix tant qu’elle serait en vie. Elle appliquerait la loi du talion. La vengeance est un plat qui se mange froid, ça ne la dérange pas de manger froid. Elle se fiche comme de l’an quarante d’aller croupir le reste de son existence en prison, elle se fiche que les collègues du flic la butent, elle se fiche que le gouvernement qui arme les bras des flics qui tuent les enfants la bute. Cette existence que l’on a l’outrecuidance de nommer « la vie », lui a déjà infligé ce qu’il y a de pire. Rien de ce qui pourrait lui advenir à présent ne pourrait lui causer plus de douleur. Puisque les Juges ne sont pas capables de faire leur travail et de condamner un policier qui blesse ou qui tue un enfant, elle ferait Justice elle-même.

Alors, oui, Marthe se dit que la seule solution pour que les choses changent vraiment, c’est un bon coup de pied dans la fourmilière.

 

Faustine

 

 

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