Irène - Feuilleton - Episode 6

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

le supermarché du coin

 

L’autre jour, Irène se trouvant en panne d’œufs pour faire un gâteau à ses enfants, envoie son fils au supermarché du coin de la rue pour en acheter.

Jérémie revient quelques minutes plus tard sans les œufs. A la question de sa mère, il répond que le vigil du supermarché ne lui a pas permis d’entrer dans le magasin au prétexte qu’ils ont trop de problèmes avec les adolescents qui fréquentent le lieu pour faire leurs achats.

A quelques temps de là, le fils de Marthe, Léo, sortant du collège et voulant acheter une bouteille d’eau minérale avant d’aller à son entraînement de foot, s’est également vu refuser l’accès de ce magasin. Le vigil présent ce jour-là, voulait l’obliger à laisser son sac à dos, contenant toutes ses affaires d’école, dans le hall du supermarché, hall qui reste sans surveillance. Léo a eu beau expliquer au monsieur qu’il ne voulait pas prendre le risque de se faire voler son cartable, le vigil n’a rien voulu savoir.

Quelques semaines plus tard, une amie de Marthe rendant visite à cette dernière, en traversant le hall de ce supermarché (Intermarché, pour ne pas le citer), a vu un vigil gifler violemment une jeune fille. La jeune personne ne voulait pas laisser son sac à main sans surveillance dans le hall d’entrée et insistait pour entrer dans le magasin avec, elle n’en avait que pour quelques secondes répétait-elle au vigil. Le ton a monté, le type est devenu menaçant, la jeune fille ne s’est pas laissée impressionner, il s’est mis à la gifler.

Des personnes présentes et assistant à cette scène de violence, sont intervenues en faveur de la jeune fille, ils se sont vus menacer à leur tour.

Irène ne sait pas qui a pu mettre dans la tête des responsables de supermarché, qu’il est impératif de faire appel à des vigils pour « sécuriser » leur commerce. Et où a-t-on été chercher, que tous les adolescents devant passer par un supermarché pour faire un achat, sont tous, sans exception, des voleurs ?

Irène vit dans une petite ville de province plutôt tranquille. Bien sûr qu’il y a de la délinquance partout et même en province, mais enfin tout de même, il ne faut pas exagérer, se dit-elle.

Si la démarche des patrons de supermarché était réellement justifiée, ils feraient en sorte que les personnes ne pouvant entrer dans leur commerce avec leur sac à main ou leur cartable, puissent confier leur bien à la surveillance d’une personne à l’entrée de ces magasins.

Irène voit là, un exemple supplémentaire de faire régner la terreur. Nous vivons de plus en plus dans un monde où l’on veut que tout le monde, y compris les enfants, soient, en permanence, surveillés. Et puis nous avons intérêt à marcher au pas, sans quoi, on nous bat.

Marthe ne fréquente plus cet intermarché, mais un samedi matin, moment de grande affluence à ce supermarché, elle s’y rend puisqu’il se trouve à trente secondes de chez elle à pied, pour acheter du café. Tant que Marthe n’a pas bu ses 2 cafés et fumé ses 2 clopes, elle n’est pas opérationnelle et surtout, surtout, elle est de fort méchante humeur. Au moment de payer son achat, la caissière en chef du magasin lui demande d’ouvrir son sac afin qu’elle puisse en vérifier le contenu. Qu’à cela ne tienne. Marthe a vidé tout son sac à main scrupuleusement, sans rien omettre. Tout y est passé. Son organizer avec ses quarante douze mille cartes de fidélité de tous les magasins de France et de Navarre, la serviette hygiénique (bien sûr dans sa pochette), tout le contenu de son porte monnaie, le bâton de rouge, tous les petits carnets dans lesquelles elle note le fil de sa pensée, etc. Les personnes faisant la queue commençaient à s’impatienter et à râler, la caissière lui disait que c’était bon comme ça, « non », lui répond Marthe, « vous me traitez de voleuse, vous exigez de regarder dans mon sac à main, de violer mon intimité, et bien comme cela vous êtes servie ! ». « J’ai jamais dit que vous étiez une voleuse, madame, nous procédons de la sorte avec tous nos clients, il y a du vol, vous savez ici, on est obligé… » lui dit la caissière. « Ce n’est mon problème à moi que ayez des problèmes de vol dans ce magasin, lui rétorque Marthe, il me semble que tous les commerces doivent être confrontés à ce problème-là, ils ne demandent pas tous pour autant à fouiner dans les sacs de leurs clientes, car je suis une cliente ici, non ? Vous traitez mal vos clients dans ce supermarché, vous enquiquinez les jeunes gens qui viennent ici faire leurs achats, vos vigils battent des jeunes filles, vous nous cassez les pieds à refuser les chèques d’un montant supérieur à 15€. Bref, autant de bonnes raisons de ne pas fréquenter votre enseigne, car vous êtes dépourvu d’esprit commerçant. Si ce matin, j’avais pu envoyer mon fils acheter ce paquet de café pour moi, il n’y aurait pas tout ce bazar et vos 250 clients qui attendent de pouvoir enfin régler leurs achats, ne seraient pas en train râler ». Elle lui a tourné le dos. Le vigil a fait celui qui n’entendait pas ce qui se passait, Marthe l’a toisé de la tête aux pieds.

Ras-le-bol des abus de pouvoir, le moindre quidam se croyant des pouvoirs, en use et en abuse.

Naturellement l’incident a fait le tour de la ville, ben oui, on est en province ici, on s’occupe comme on peut.

 

Faustine

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