Irène - Feuilleton - Episode 7

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 

 les HLM ont proposé un appartement à Irène

 

Après moult péripéties et refus de la part d’Irène, les HLM ont enfin proposé un appartement digne de ce nom à Irène.

Jusque-là, tout ce qu’on lui proposait étaient des logements insalubres, dans des barres hlm horribles à la périphérie de la ville, dans un quartier immonde, à tel point qu’Irène se demande comment on peut avoir le courage de proposer de telles habitations à des êtres humains.

Les hlm lui ont fait 5 ou 6 propositions. Ils lui ont bien signifiés que si elle refusait celle-ci, ils supprimeraient sa demande.

Irène avait pourtant été claire le jour où elle est allée déposer son dossier dûment rempli : elle ne voulait pas d’un appartement en étage élevé, pas dans une barre hlm, pas dans un quartier pourri, elle voulait un appartement en centre ville dans un immeuble normal.

Le jour où elle est allée visitée cet appartement-ci, elle savait déjà qu’il lui conviendrait car il est situé juste pile en face de là où elle habitait jusqu’alors. Elle s’est dit qu’elle galèrerait moins pour déménager, car elle savait ne pouvoir compter sur personne pour ce faire et elle n’a pas les moyens de faire appel à une société de déménageurs. C’est hors de prix ce type de service.

Bien entendu, les peintures sont à refaire, il y a des fissures aux murs, mais Irène ne se décourage pas, elle se dit qu’elle prendra le temps qu’il faudra mais qu’elle fera les travaux pour que ses enfants et elle-même, vivent dans un lieu agréable.

La femme qui lui a fait visiter le logement, lui a également fait visiter la cave. Irène a le cœur bien accroché car autrement, elle serait tombée dans les pommes tant la cave est un cauchemar, on se croirait dans un film gore. Cela pue le rat mort, mais une odeur qui vous étreint les tripes, squatte votre gorge, vous soulève le cœur. Irène fait comme si elle ne voyait pas les toiles d’araignées, les sols en terre battue, les murs qui s’effritent, la minuscule fenêtre, si on peut donner se nom à cette ouverture, aux vitres cassées, on était en automne et ce jour-là il soufflait un vent de tous les diables qui s’engouffrait par cette fenêtre et vous glaçait le sang, elle fait aussi comme si elle ne voyait pas les palissades en bois toute pourries avec des trous gros comme le poing, qui sépare sa cave de celles des autres locataires.

Irène signe le contrat de location. Puis elle s’en va à l’agence dont dépend son appartement chercher les clés.

Irène a commencé son emménagement par la cave, car elle avait dans son ancien appartement tout un tas de bric-à-brac dont elle ne pouvait se séparer sans compter les quarante-douze milles dossiers d’archives contenant des documents administratifs, dont il ne faut sous aucun prétexte se séparer dans ce pays où l’on vit.

Elle avait une vielle piscine en plastique trouée plus un matelas gonflable également troué, qu’elle a posé sur le sol avant d’envisager d’y entreposer ses affaires. Cela lui a pris une bonne semaine avant d’arriver à bout de ce rangement dans la cave. Elle a fait un  nombre incalculable d’aller-retour entre ses deux logements.

Puis, elle a commencé à transporter les cartons et les meubles qu’elle pouvait porter seule dans le nouveau logement. Là, elle a rencontré un problème de taille. L’escalier étant trop étroit et bas, elle a dû se séparer de sa table à manger et des ses armoires. Dans le nouvel appartement, il n’y a quasiment pas de rangements. Lors d’un rendez-vous avec le responsable de l’agence pour elle ne se souvient plus quoi, elle évoque les soucis auxquels elle a dû faire face lors de son emménagement, et le gars de lui dire : « vous n’avez pas d’amis qui peuvent vous aider ? Vous n’avez qu’à faire passer vos meubles par la fenêtre… »

Elle lui a répondu en le regardant droit dans les yeux : « je vais vous apprendre un scoop, monsieur, quand on est pauvre comme moi, on est isolé, il n’y a jamais personne pour vous donner le coup de main lorsque cela s’avère réellement nécessaire, et je n’ai pas les moyens de faire appel à une entreprise pour faire passer mes meubles par la fenêtre, j’ai autre chose à faire avec l’argent dont je dispose ».

Irène se disait que ça commençait bien, cette histoire de nouvel appartement. Mais elle était décidée à ne pas se laisser démoraliser par les propos d’un sombre connard.

Ses enfants lui faisaient la guerre parce que les pauvres petits quittaient un appartement en rez-de-jardin avec jardin pour un appartement au premier étage d’un immeuble de ville sans jardin. Un vrai drame ! Donc en dehors de leurs heures de cours, leur mère ne pouvait pas compter sur eux. Avez-vous remarqué comme les adolescents de maintenant ont un emploi du temps digne d’un ministre au moins ?! Qu’à cela ne tienne, Irène leur a mis le marché dans les mains, « vous ne m’aidez pas pour le déménagement, très bien, chacun de vous devra déménager sa propre chambre, si vous ne le faites pas, tout ce qui restera dans notre ancien appartement sera perdu pour vous, je dirai au propriétaire de tout jeter. »

Irène doit être un minimum honnête avec vous cher lecteur. Le dernier week-end du déménagement, ses futurs ex voisins, lui ont donné un sérieux coup de main, en l’aidant à porter le lave-linge, le frigo, le grand canapé. Elle ne sait pas comment elle aurait fait sans eux.

En emménageant, Irène s’est rendue compte qu’il n’y avait pas le gaz de ville dans cet appartement (ce que les hlm ont oublié de lui préciser au moment de signer le contrat de location et naturellement Irène n’a pas eu la présence d’esprit de vérifier cela), qu’elle allait devoir se séparer de sa gazinière qui fonctionnait très bien et lui donnait toute satisfaction et acheter une cuisinière électrique. Irène a été contrainte de s’endetter auprès de sa banque et de la ville où elle réside pour acheter cette cuisinière électrique mais également pour payer les 2 mois de loyers de son ancien logement, le bailleur étant un être ignoble qui n’a rien voulu entendre, puisqu’Irène ne donnait pas les 3 mois de congés exigibles, elle n’avait qu’à payer. Elle a eu beau lui expliquer qu’elle ne pouvait refuser l’appartement hlm ni reculer son emménagement, il n’y a rien eu à faire. L’argent est l’argent, qu’elle paye, c’est tout. Nous vivons dans un monde où quand on est pauvre on paye plus que n’importe qui d’autre. Trop SUPER !

Bref, passons. Irène emménage donc dans son nouveau chez elle, elle a perdu 10 kilos pendant ce déménagement, ça n’a l’air de rien comme ça de déménager, mais c’est un boulot énorme, qui vous pompe tout votre énergie et vos forces.

Jérémie ayant un scooter, le problème suivant s’est posé : où allait-il garer son engin ?

Heureusement la voisine du dessous, qui élève seule son enfant, et a un jardin qui va avec son logement, est une bonne personne, qui comprend et accepte que Jérémie puisse mettre sa motobilette dans son jardin. Le jour où Irène est descendue parler de cela avec Karima, elles se sont rendues compte toutes deux que le portillon du jardin avait été scellé dans le béton par ces imbéciles des hlm. Elles se sont renseignées et ont demandé au moins 3 devis à 3 entreprises différentes : 4000€ pour ou récupérer et réparer le portillon, ou faire tout le travail elles-mêmes ce qui coûterait moins de 300€. Seulement pour ce faire, il faut savoir se servir d’une disqueuse pour desceller le portillon, d’une perceuse à percussion, en prenant le risque que le portillon qui pèse 500 kg, paraît-il, leur tombe sur les pieds ou casse le dallage du jardin.

Karima et Irène ont appelé les hlm pour leur exposer le problème et ces gens n’ont rien trouvé de mieux à leur dire qu’elles devaient respecter l’architecture du quartier si elles posaient un nouveau portillon, sans cela, elles n’obtiendraient pas leur accord.

Alors, Irène et Karima leur ont adressé courrier sur courrier, mails sur mails pour leur mettre la pression puisque la connerie qui été faite de condamner ce portillon, c’est eux qui l’ont faite.

Elles viennent tout juste de recevoir une lettre des hlm les informant qu’ils allaient s’occuper de remettre ce portillon en état d’usage. Mais ils ne donnent aucun délai et personne n’est capable de leur dire quand cela sera effectif.

Irène a un balcon avec son appartement. Tout le monde en lisant ceci se dira « oh mais c’est super un balcon », Irène leur répondra que tout dépend, car de son balcon elle ne profite guère parce que l’immeuble dans lequel se situe son logement est resté inhabité plusieurs années durant et tous les pigeons de France de Navarre, ont élus domicile sous le toit. Son balcon est donc jonché de fientes de pigeon, elle vit avec 3 fenêtres dont les volets sont en permanence fermés parce que sans cela il lui faudrait passer son temps à laver les vitres et elle a autre chose à faire de son temps.

Irène en a eu marre de trouver des plumes de pigeon même dans ses casseroles et ses assiettes, elle a réfléchit, elle a appelé le service d’hygiène et leur a posé la question qui la préoccupe, ce qui lui a permis d’apprendre que cela était un sérieux problème d’hygiène et qu’elle était en droit d’exiger de son bailleur, hlm ou pas, de remédier à cette situation. Elle a donc adressé une lettre très explicite aux hlm et quelques jours plus tard, elle voyait débarquer chez elle l’un des responsables hlm en compagnie d’une entreprise spécialisée dans ce domaine, naturellement sans l’appeler auparavant pour l’informer de leur passage. Ces personnes sont persuadées que lorsqu’on est pauvre, on a rien de mieux à faire de sont temps qu’attendre après eux. Ils sont donc venus, ils ont pris des photos, ils ont constatés et vus où se nichaient les pigeons (très important), puis lui on adressé un courrier lui disant qu’ils prenaient en charge le problème et allaient intervenir sous peu. Depuis, aucune nouvelle. Silence radio. Irène se dit qu’un de ces jours elle va aller à l’agence et qu’elle va leur remonter les bretelles et les rhabiller pour l’hiver. Irène est assez patiente, mais faut pas l’emmerder et elle a horreur qu’on la prenne pour une bille sous le fallacieux prétexte qu’elle est noire, pauvre et qu’elle élève seule ses enfants.

Karima, quant à elle, ne peut profiter de son jardin. Il suffit de se mettre sur le trottoir devant chez elle, et l’on peut voir tout ce qui se passe dans ce lieu. Elle manque d’intimité, à tel point qu’elle n’ose s’y asseoir sur une chaise pour boire son café. S’il lui vient la malencontreuse idée d’y étendre son linge au soleil, il lui est volé. Il y a donc en plus de ce problème de manque d’intimité, un sérieux problème de sécurité puisque n’importe qui peut s’introduire dans ce jardin et donc chez elle si elle laisse une porte-fenêtre ouverte.

Karima travaillait de nuit dans une usine du coin, elle a dû quitter son emploi parce qu’elle ne pouvait envisager de laisser seul son fils la nuit même s’il est grand. Elle a peur qu’un taré s’introduise chez eux et fasse du mal à son enfant. Elle a pris contact avec les hlm, et le responsable de l’agence n’a rien trouvé de mieux que de lui rétorquer qu’elle n’avait qu’à prendre rottweiler pour sa sécurité ! Elle a appelé la police lorsque quelqu’un s’est introduit dans son jardin et cela à plusieurs reprises, ils lui ont dit qu’ils ne pouvaient rien faire pour elle, que l’insécurité règne partout bla, bla, bla…

Elle a également demandé un devis à plusieurs entreprises est le montant est si exorbitant qu’elle est montée voir Irène le jour où elle a reçu les devis. 6000€, pas moins, pour lui installer un brise-vue. Depuis, elle bataille avec les hlm mais ils n’entendent pas intervenir.

Voilà comment cela passe lorsque les hlm vous proposent un logement dans cette bonne ville de province où ces deux femmes demeurent. Et après on vient nous bassiner avec la racaille, encore une fois, Irène en arrive à se dire que lorsqu’on parle de racaille, on ne désigne pas les bonnes personnes.

Oh mes aïeux, comme cette existence est éprouvante !

 

Faustine

 

 

 

 

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