L'Offense chapitre 10

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 C’est ici que nous allons suspendre le temps, cher lecteur, pour nous attarder sur les messages évoqués plus haut ainsi que sur la nécessité des billets codés à travers les âges et pourquoi cette idée de trouver un moyen de communiquer en secret est venu germer aussi dans l’esprit féminin.

Maintenant, mets-toi dans la peau d’une femme vivant au dix-huitième siècle, qui devait pour survivre faire preuve d’une vigilance de tous les instants, puisqu’elle était sans cesse surveillée. Tu comprendras bien vite qu’elle était obligée de se servir de tout ce qui l’entourait pour déjouer cette surveillance pour apprendre à survivre. Tu te souviendras aussi que l’on nous rappelle ponctuellement que tout a été affaire de code, tout est affaire de code, tout sera toujours affaire de code. Codes vestimentaires, code de l’honneur, code éthique, jusqu’à nos phéromones qui envoient des signaux à notre insu, etc.…

Tu sais comme moi, cher lecteur, que de tous temps, l’on a considéré la gent féminine comme quantité négligeable, même et y compris lorsqu’elle avait reçu quelque instruction, forcément sommaire comparée à celle dispensée à la gent masculine. Donc, la femme a dû à travers les âges, redoubler d’intelligence pour s’instruire correctement, seule et le plus souvent en secret, car il n’était pas question qu’elle laisse voir à des personnes qui la méprisait, qu’elle se servait de son cerveau, qui comme tu l’as sans doute lu aussi, est plus petit que celui du mâle. Je gage que cette brillante thèse-là fut développé par des mâles tout imprégnés de leur égo le plus souvent surdimensionné et il est merveilleux d’apprendre de quelle manière le sexe dit faible, comme il était communément admis d’appeler la femme, force nous est de constaté que ce mépris-là poursuit sa route tranquille jusque dans notre vingt et unième siècle ; déjouait avec brio tous les pièges dont étaient pavés son existence : les tâches ménagères dans lesquelles on l’a cantonnée depuis des millénaires, les grossesses successives qu’on lui imposaient, les travaux d’aiguilles auxquels elle se devait d’accorder une partie de ses journées, les pas de danses que toute jeune fille, digne de ce nom, se devait de savoir exécuter à la perfection, les bals auxquels elle se devait de prendre part, l’art et la manière de se farder, jusqu’à la musique, la poésie, qu’elle se devait de maîtriser, ses parents ou tuteurs ou mari la gardant enfermée à double tour, la maintenant dans un état servile et tout ce que j’oublie ; il n’est pas une seule de ces brimades dont elle ne finissait par s’accommoder car cela lui permettait, l’air de rien, de se forger le cerveau tranquillement, en secret. Elle ne gaspillait pas une énergie qui pouvait lui être utile ailleurs, en protestant de sa culture ni de son intelligence. Il m’est avis, qu’elle laissait les idiots la prendre pour une imbécile inculte et sans malice. Elle vivait ainsi doublement plus que n’importe quel homme, en observant, écoutant, enregistrant tout, la moindre petite parcelle d’information, pour ensuite l’utiliser à bon escient.

Mis à part une femme, qui pourrait penser qu’en s’adonnant à la broderie on a tout le loisir de réfléchir, de cogiter, de comprendre, de déduire en paix, puisque pour le coup on vous fiche une paix royale, vous supposant trop absorbée à vos travaux d’aiguilles, l’une des rares tâches que l’on puisse vous confier en espérant que vous ne ferez pas une ânerie cependant que monsieur qui en est dispensé aura tout le loisir, lui, de lire le journal, de penser pour vous, à votre place ?

Comme elle devait rire la jeune fille que l’on jugeait trop imbue de coquetterie, seulement préoccupée à choisir sa tenue de bal, toute concentrée à valser à la perfection pour se trouver un mari. Mesdemoiselles, Mesdames, chuuuut, laissez les imbéciles vous prendre pour des idiotes, puis, dès que vous serez enfin seule, riez, riez, riez encore. Hum, hum, trêve de digressions à l’essentiel retournons, me diras-tu lecteur, et tu auras mille fois raison et puis aussi tant qu’à faire, ne trahissons pas les protagonistes de cette histoire en mettant au grand jour les détails de certains secrets jalousement gardés pendant des millénaires.

Donc, Isabel et Linda ne dérogeaient pas aux règles que nous avons survolés plus haut, bien au contraire, elles s’en servaient… elles s’en servaient et même très bien.

Elles s’arrangèrent pour mettre sur la route du mari volage une nouvelle proie. Il y avait sur l’île, un père veuf et sa fille de quinze ans fraîchement débarqués d’Europe. Linda suggéra à son époux de leur adresser une invitation à prendre le thé pour, lui dit-elle, faire la connaissance de cette jeune personne que l’on disait ravissante, qui pourrait devenir une agréable compagnie qui la divertirait un peu de sa solitude sans oublier son père dont la population en ville vantait la fortune et la puissance au Portugal, qui pourrait être d’une utilité certaine dans les affaires que son mari entendait développer.

Lorsque cette jolie Felizbella fit son entrée au salon, Dom Carlos ne put réprimer ce tic qui le prenait par mégarde devant une beauté qui ne le laissait pas insensible, Linda sut qu’elles avaient gagné, Isabel et elle, leur pari.

Dona Linda reçut un nouveau présent accompagné d’un billet lui proposant de rencontrer ce mystérieux soupirant qui faisait palpiter son coeur. Profitant d’une absence prolongée de son époux, elle convia ce discret galant à la rejoindre chez elle. Il arriva par une porte dérobée, à la nuit tombée. Il portait un loup et un haut de forme. Linda lui prit la main pour le guider jusque dans la chambre conjugale. Il ne dit mot, alluma un cigare qui exhalait une fragrance inconnue de la dame dont les volutes plongèrent celle-ci par bouffées dans un doux état de bien-être et de suavité. Elle n’osait rien dire de cette langueur qu’elle ressentait sans pouvoir expliquer si cela était dû à l’heure tardive ou à l’excitation qui l’épuisait de la sorte. Il la porta sur le lit.

à suivre...

 

 

                                 

            

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