L'Offense chapitre 11

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Voilà le dernier souvenir tangible que Linda garda de la soirée. Au réveil, elle se trouvait seule sur la couche défaite qui portait les signes incontestables qu’elle s’était donnée. Elle avait désormais un amant. Sa peau lui était plus douce au touché, son corps lui contait cette nuit de plaisir. Linda avait la sensation de sentir encore des mains la parcourir et déchiffrer ce qu’elle avait de plus intime, loin enfoui en elle. Elle en frissonnait de plaisir. Elle se mit devant sa psyché pour voir son corps miroiter, s’illuminer. Elle n’arrivait pas à se représenter le visage de celui qu’elle avait pourtant aimé toute une nuit en un songe rémanent.        

Une année passa. Un jour, la petite Felizbella accourut dans le cabinet de toilette de Linda, en pleurs. Un grand malheur était arrivé : elle avait un retard dans ses menstrues, elle craignait le pire, elle vomissait tous les matins, elle ne supportait plus l’odeur de certains mets, elle était enceinte. Dona Linda se désola avec elle. Mais des œuvres de quel scélérat était-elle grosse ? Car, à n’en pas douter, seul un personnage vil pouvait avoir pervertit une jeune fille si innocente ! Les pleurs redoublèrent, elle n’oserait jamais lui dire car dans ce cas, Dona Linda qui avait fait preuve de tant de bonté à son égard la détesterait. Linda insista tant et plus que pour finir la petite vendit la mèche : c’était Dom Carlos. Linda poussa un soupir. Felizbella ne comprenait pas que cette haute Dame ne la gifle pas. Et pourquoi ferait-elle une chose pareille, dit-elle à la petite ? Après tout c’était de sa faute si cette malheureuse enfant avait croisé le chemin de son mari, sur lequel, hélas, elle ne se faisait plus guère d’illusion depuis bon nombre d’années maintenant. Elle allait aider Felizbella et irait parler à son père.

Le lendemain elle se fit annoncer chez Dom Ferdinand et lui conta ses déboires conjugaux tout cela pour en arriver à lui dire que sa petite Felizbella avait été abusée par ce voyou de comte Dos Santos Spiritos que pour son malheur Linda avait épousé et qui non content de lui faire vivre mille tourments, aujourd’hui s’en prenait à une innocente et pure jeune fille, sa fille à lui Dom Ferdinand.

L’affaire fit grand bruit. Felizbella regagna par le premier navire le Portugal, pour aller accoucher en secret après quoi son père mit un point d’honneur à l’enfermer dans un couvent. Dom Ferdinand se fit la promesse solennelle de mettre toutes ses ressources à l’œuvre afin d’abattre aux yeux de tous, à Brava comme au Portugal, son ennemi juré désormais : le sieur Carlos Dos Santos Spiritos.

Isabel aussi était enceinte de son bien aimé Francisco. Lorsque la ville ne put plus faire comme si de rien n’était, cela arriva aux oreilles de l’époux d’Isabel, qui bien que ne la fréquentant guère depuis fort longtemps, entra dans l’une de ses furies coutumières pour forcer l’entrée du sobrado de cette dernière et lui dire sa façon de penser. Il ne lui faisait pas peur. Elle l’affronta devant les domestiques qui se montrèrent prompt à défendre physiquement leur maîtresse s’il s’avisait de lever la main sur elle. Il fit planer la menace qu’étant encore, aux yeux de la loi, son époux, il pouvait fort bien reconnaître l’enfant qu’elle portait, puis le lui soustraire. Elle le fit mettre à la porte.

Pendant de Dom Carlos ruminait sa fureur, Isabel arrivait au terme de sa grossesse et faisait l’une des plus belles offrandes qu’une femme peut faire à un homme qu’elle aime, en mettant au monde un enfant. Un beau garçon qu’elle et Francisco ne se lassaient pas d’admirer et qu’ils prénommèrent Orphée. Isabel expliquait le choix de ce prénom par le fait qu’elle tenait pour acquis que cet enfant-là avait défié, avec sa mère et son père, la mort. Tout à leur bonheur, ils ne pensaient plus guère à leur ennemi qui était la risée de Vila Nova Cintra. Il alla devant un Juge pour faire valoir ses droits d’époux en demandant que l’enfant de l’adultère lui fût confié. Le Juge lui donnant raison en tout, fit porter mandat à Isabel, lui enjoignant de remettre à son époux l’enfant qui avait maintenant trois mois. Lorsqu’elle lut cette commission rogatoire elle ne paniqua pas un seul instant. Dût-elle mourir pour défendre son bébé elle n’hésiterait pas. Elle fit porter à la connaissance de Francisco ce nouveau coup du sort. Il arriva prestement, toujours avec les précautions d’usage. Il informa Isabel que peut lui importait désormais que les habitants de la cidade apprennent son identité, il avait l’intention de se mesurer à ce cuistre de Dom Carlos pour la sauvegarde de son fils et de la femme qu’il aimait. Elle lui conseilla le calme, la réflexion, la ruse. Dans sa maison, elle savait ne rien risquer et Francisco fit doubler le nombre d’hommes de confiance pour veiller jour et nuit sur sa belle et leur petit.

Dom Carlos réussi néanmoins à soustraire à Isabel ses deux premiers enfants. Elle crut mourir de douleur. Elle sa jura qu’elle lutterait de toutes ses forces pour les retrouver. Fort heureusement elle avait son nourrisson et Francisco qui lui insufflaient de la force dans les moments de grande détresse, quand elle hurlait de douleur l’absence de ses aînés.

Luis faisait partie des nombreuses relations d’affaires de Carlos, côtoyant son salon, pouvant ainsi voir grandir ses enfants, sans que pas un seul instant Dom Carlos ne doutât de la fidélité de son épouse qu’il pensait avoir dressée à l’obéissance à force de maltraitance, ni de Luis qu’il jurait être un homme sensé, fiable, un allié avec lequel on pouvait, en toute circonstance, compter.

Le comte Dos Santos Spiritos, ainsi que tout homme convaincu de sa toute puissance, était imbu de lui-même et de ses atouts qu’il tenait pour acquis. Il se dégageait de sa personne cette arrogance que confère, à toute personne qui n’en a jamais manqué, l’argent et le pouvoir. C’est une erreur fréquente chez l’humain que de se croire au-dessus de tous et de tout, y compris de la loi, lorsqu’on se persuade de sa grandeur, de sa magnificence, de son habileté face à l’adversité.    

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Xavier Bordes 01/10/2010 10:38



FAUSTINE, tu es très douée ! Ne te démoralise surtout pas. Ecrire est toujours chez les vrais écrivains et "poètes", une confrontation permanente avec la mort, à laquelle notre force d'écriture
nous permet de ne pas succomber. Poursuis en serrant les dents, comme nous le faisons tous, même ceux qui friment. Les qualités d'un écrivain sont très lentes à être reconnues - on dit un "jeune
poète" pour un type qui a parfois déjà 50 ans. L'art est long ! Ceux qui sont des artistes vont jusqu'au bout du talent que la vie leur a offert;


En toute sympathie et compréhension...



SLAM POESIE DE FAUSTINE 01/10/2010 11:50



Merci Xavier