L'Offense chapitre 12

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Oui, lecteur, tu l’as compris en me lisant, ce Dom Carlos est un être cruel. Si cruel que cela ne peut qu’être une forme de drogue pour lui. Oui, c’est ça, il se drogue à la cruauté, à la violence qu’il inflige à ceux qu’il pense plus faible que lui, comme d’autres se sont drogués à l’absinthe, à l’opium ou de nos jour, à l’héroïne ou au crack.

La première fois qu’il a fait montre de cette violence qu’il porte en lui, il était enfant, ce fut envers un animal. Là, j’entends tes protestations, lecteur, mais permets-moi de poursuivre. Chacun de nous a fait un jour l’expérience d’une certaine forme de cruauté envers un petit animal. Pour certains, ce fut une grenouille qu’ils prirent un malin plaisir à disséquer, pour d’autres, ce fut un poisson qu’ils se sont amusés à sortir de son bocal d’eau pour le regarder se débattre sur le sol carrelé de la cuisine, jusqu’à ce que le poisson cesse de frémir et de battre de la queue parce qu’il avait cessé de respirer. Il y a comme cela des dizaines d’exemples que je pourrais citer de l’expression de la méchanceté, même chez les tout jeunes enfants. Il faut croire que c’est là un passage obligé qui nous permettra de ranger, comme il se doit, certaines choses dans notre cerveau qui n’est pas encore complètement formé à ces âges-là.

Mais, il n’est pas question ici, pour ce qui concerne Dom Carlos, de cruauté enfantine. Non, le jour où il a massacré cet animal, il s’agissait de son chien, il jouait avec lui, il s’amusait à l’exciter en lui tirant les oreilles et la queue. Au début il ne s’est agit que d’amusement autant pour Carlos que pour l’animal. Le chien jappe de contentement, Carlos rit, l’excitation monte d’un cran, il tire plus fort la queue de l’animal, de plus en plus fort, le chien donne des signes de lassitude, il en a assez de ce jeu, il ne veut plus jouer, grogne un peu sur son maître et se détourne de lui. Carlos, lui, prend goût à cet amusement, il rit de plus en plus fort, il ne veut pas s’arrêter de jouer, cela lui fait du bien de rire ainsi et de s’amuser à mettre en rogne son chien. L’animal n’est plus d’accord du tout, Carlos lui fait mal, trop mal. Il s’enfuit à l’autre bout du jardin, se cache dans un fourré. Carlos l’appelle, le cherche toujours en riant, le rire est devenu peu à peu un rire nerveux, il crie maintenant après le chien, s’énerve de le chercher en vain parmi les arbustes. Il est très mécontent lorsqu’il débusque l’animal. Le chien est apeuré, il geint tapi-là au milieu du fourré sombre. Son maître le regarde dans les yeux, des yeux qui expriment de la rage, lui ordonne de sortir de là tout de suite. L’animal n’obtempère pas. Alors, Carlos lui attrape une patte et le tire à lui avec force, il traîne son chien hors du talus, commence à le frapper avec ses mains de plus en plus fort, puis, ce sont des coups de pied qu’il donne au chien, des coups violents, il est pris d’une rage qu’il ne contrôle plus, il se déchaîne sur le corps de plus en plus faible de l’animal, le prend par la queue, lui cogne la tête contre un muret encore et encore jusqu’à ce que la tête explose, le sang jailli, Carlos et maintenant couvert de sang, la cervelle du chien est répandue aux quatre coins du jardin, il s’arrête progressivement de frapper son chien contre le mur.

Ce qu’il a fait là, l’a rempli d’un sentiment de toute puissance, cela l’a grisé, il a atteint un sommet d’ivresse de ses sens tel qu’il n’en n’éprouvera plus jamais tout au long de sa vie et que cependant il cherchera continuellement à retrouver, en vain. Cette sauvagerie ainsi exprimée cette première fois avec son chien, est comme le tout premier fixe que se fait un amateur de drogue. On entend souvent dire et on le lit aussi, que l’héroïnomane s’enfonce insidieusement dans cette spirale qu’est la dépendance, dans le seul et unique but de retrouver cette ivresse, cet abandon que lui a permis sa première piqure de drogue. C’est la recherche même de ce vertige éprouvé une fois, une seule fois, qui va faire de cet individu un junky. La suite de cette tragique aventure n’étant plus qu’une succession de prise de doses de plus en plus rapprochées, de plus en plus massives, jusqu’à ce qu’il en meure ou qu’il y survive douloureusement par on se demande quel miracle.

Tel était l’état d’esprit de Dom Carlos, voilà où se trouve la source de ses furies envers ses épouses ; là est le prélude de ce sentiment de toute puissance et d’impunité qui ne le quitteront plus.

Cet homme qui n’était pas bête, loin s’en faut, allait par un surcroit de confiance en soi, accorder foi à plus d’une personne, baisser sa garde par appât du gain, d’un surcroit de gain et ainsi favoriser sa perte.

Cher lecteur, comme tu t’en doutes, les raisons et les méthodes pour s’enrichir de la plus vile manière, bien que cette histoire se situe au dix-huitième siècle, ne différaient en rien de celles de notre vingt et unième siècle. La seule différence, notable, étant que de nos jours les hommes d’argent bénéficient d’un outil non négligeable à savoir : l’informatique. Avec le support d’un ordinateur, toute transaction quelle qu’elle soit, acquiert une rapidité vertigineuse, génère des capitaux, des gains à tels point colossaux, que c’est à vous donner le vertige. Mais, tout laisse une trace. Il n’est pas une opération bancaire, boursière, immobilière, qui ne laisse une trace, et ceci en dépit du soin que prendra son auteur à brouiller les pistes, à effacer toute marque.

De nos jours, je veux bien croire, bien que j’aie là-dessus de sérieux doutes, qu’il ne soit pas aisé de remonter une piste pour arriver aux commanditaires de quelque transaction douteuse que ce soit.

Au dix-huitième siècle, le montage d’une opération frauduleuse, se déroulait de pareille façon qu’aujourd’hui, sauf que faute d’ordinateur, cela prenait un peu plus de temps avant que le bénéficiaire puisse créditer ses comptes bancaires, qui à cette époque-là  aussi se trouvaient sans exception détenus dans l’équivalent de paradis fiscaux.

Tout était manuscrit, toute action faisait l’objet d’une inscription sur un registre secret. Mais, à l’image de bien des secrets, celui-là était un secret de polichinelle. Bien que l’on prétende ne pas savoir, on savait. Chaque gratte-papier détenait le pouvoir, par une indiscrétion, de provoquer  la ruine et le déshonneur de tout homme d’affaire ayant dû faire appel à ses services, que le dit homme d’affaire ait eu connaissance, ou non, de son existence.

Oui, ami lecteur, tout comme moi, cela doit faire maintenant un bout de temps que tu fais partie des êtres vivants sur terre, et ton expérience t’a appris, comme à moi, qu’un individu soudoyé une fois, se laissera acheter chaque fois que cela s’avèrera nécessaire pour lui, sa bourse ou la cause qu’il prétendra défendre.

Même si Dom Carlos arrosait, à discrétion, tout agent qu’il pensait indispensable au bon déroulement de ses escroqueries, il s’en trouvera toujours un (voire quelques uns) qui estimera, à juste de titre ou pas, qu’il n’a pas été assez récompensé pour tous ces mérites. Il suffira donc d’un mécontent pour qu’à la première occasion, dès qu’il aura eu vent que d’aucun cherche à écarter un gêneur, il se manifeste, se fasse connaître, fixe le prix d’achat de sa trahison puis, ayant obtenu satisfaction, favorise la destruction d’un édifice que l’on aura pourtant pris grand soin à ériger des années durant au prix des pires malversations, corruptions et j’en passe.

Il est un monde, celui où se trament des affaires soi-disant honorables, celui où les plus grosses, spectaculaires, tentaculaires, arrogantes fortunes, se font et se défont en un claquement de doigt. Celui miné, gangréné par des hommes peu scrupuleux, peu regardant, tout occupé qu’ils sont à conspirer pour prendre le pouvoir et à le garder pour eux seuls ; dans lequel l’individu qui vient d’être dépeint, ne peut se vanter de ne pas avoir d’inimitié. Cet homme-là, a toujours su, sait et saura toujours, sans que le doute soit permis, que plus on lui sourie, plus on lui donne une franche poignée de main, plus on lui fait l’accolade, plus près l’on est à la première opportunité fournie, de le crucifier. Il sait décrypter un sourire carnassier. Il accepte cette singulière règle du jeu parce que tout simplement, il en a agit de même en temps utiles pour lui, également parce que le pouvoir est une sphère grisante, les profits colossaux, vertigineux, irrésistibles pour les personnes qui nagent en ces eaux troubles.

Chacun de ces messieurs, est un Judas potentiel pour un autre de ces gentlemen, formés dans les meilleures écoles pour servir leurs causes, seulement leurs causes : détenir le pouvoir et amasser un maximum d’argent en un minimum de temps. Peu importe les vies d’humbles mortels sacrifiés, peu importe le sang versé par ces derniers, peu importe la ruine et la désolation provoqués pour ce faire. Tout comme sur un plan comptable, cela passe en pertes et profits. Voilà les règles du jeu dans cette Olympe-là que les plébéiens que nous sommes regardent, parfois, avec une pointe d’envie et pourquoi pas une certaine admiration.

à suivre...

 

      

 

 

                                 

            

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