L'Offense chapitre 14

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Alors, de deux choses l’une : ou je me flingue pour mettre un terme à cette torture, ou je rassemble les petits bouts de minuscules début de savoir que j’ai pu glaner ici ou là, je malaxe le tout, je le met dans ma bouche, je mâche, j’avale, je le digère tant bien que mal, je laisse vagabonder mon imaginaire, je laisse mijoter ce plat empoisonné, je concocte et tente d’écrire ce que je suppute, avec tout de même un peu de vraisemblance, dans l’espoir de m’approprier ma propre histoire. Car ce peu que je sais de l’Histoire de mon pays, est une porte ouverte sur l’imaginaire. C’est le seul point positif dans cette affaire-là. C’est comme pour tous ces ouvrages qui sont écrits sur le moyen-âge. Du moyen-âge, nous savons, en réalité, fort peu de choses. Je te l’accorde, plus le temps passe, plus certains voiles qui opacifient cette période de l’Histoire de l’humanité, peuvent être levés. Mais cette méconnaissance est en réalité un extraordinaire vivier dans lequel nous pouvons puiser pour imaginer ce que cela a pu être. Nombre de romans sont écrits à partir de cela, nombre d’entre eux sont sans doute assez près des vérités de cette époque-là.

Tu sais, ami lecteur, tout ce que je viens d’écrire me concernant pourrait ne pas être vrai. Il pourrait y avoir un peu de vrai mais cela pourrait tout aussi bien être inventé de toute pièce.

Tu sais pourquoi je ne dépeins pas mes héroïnes avec mépris ? C’est parce que pour les personnes qui les ont éduquées, elles n’étaient qu’un placement. Au même titre qu’à l’époque on plaçait ses deniers pour qu’ils vous rapportent plus d’argent, on dispensait une éducation soignée à une jeune fille dans l’espoir que cette éducation porterait ses fruits par un mariage qui apporterait un surcroit de gains ou de pouvoir ; au même titre que l’on investissait dans les épices ou la traite d’êtres humains.

Comme tu as pu le voir à la lecture de cette histoire, ami lecteur, la finance tient une part importante ici. C’est que même lorsqu’il ne s’agit que de romanesque, l’argent compte toujours. Certains acteurs de l’histoire n’en manquent pas, d’autres en ont beaucoup plus que de raison et veulent en posséder davantage, d’autres encore n’en ont pas, sont pauvres. En tant qu’individu manquant cruellement d’argent, je suis profondément écœurée, je suis outrée par certains comportements du monde politico financier.

En définitive, cela se résume à un jeu de dupes, où au final ce sont toujours les plus démunis qui paient pour les pots cassés par les plus puissants, au même titre que le continent africain qui a payé un lourd tribut à l’Histoire de l’humanité et auquel l’on continue de réclamer encore et davantage, que l’on continue de ponctionner à outrance, que l’on continue d’affamer, qu’on laisse pourrir et mourir à petit feu comme dans un jeu sadique, sur lequel on a fermé les deux battants de la porte faisant semblant de ne pas voir ce qui est gros comme une maison, le nez au milieu de la figure ; la cocotte qui va exploser.

Oui, peut-être bien que cette Offense que j’écris-là est un témoignage. Mon témoignage. Mais elle est également un réquisitoire contre toutes les formes d’exactions que les puissants se sont autorisés, et ce de tous temps, à infliger à ceux qui leur paraissent les plus faibles, ceux qu’ils désignent d’office comme étant de moindre importance que leurs augustes personnes et il y a de fortes probabilités que cela se poursuive ainsi jusqu’à ce qu’un malade, un être encore plus extrémiste et totalitaire que tous ceux que le monde a connu jusqu’ici, appuie sur un bouton ou autre chose et fasse sauter cette planète folle.

Je suis convaincue qu’au train où vont les choses cette humanité court à sa perte sans doute plus vite que nous ne pouvons le supposer. Je t’entends te dire : quelle pessimiste celle-là… Je n’ai aucune envie d’être optimiste. On ne choisit pas d’être pessimiste, on tente de survivre avec cela aussi. Et puis je n’ai aucune raison d’être optimiste. Il n’y a rien dans mon histoire personnelle qui puisse m’inspirer ce sentiment. Ni dans l’Histoire universelle ni dans mon passé et je n’entrevois même pas ne fût-ce que la moindre parcelle de lueur qui indiquerait que je m’approche du bout de ce tunnel de souffrance.

Sache, lecteur, que même si je nomme ce que j’écris roman, tout est basé sur des faits réels. Même ce que je ne peux pas te prouver est réel. Tout ce qui est décrit dans cette Offense m’est personnellement arrivé. Je ne fais qu’avancer masquée quand je désigne ce que j’écris comme étant de la romance. Je ne vis pas dans une fiction mais dans un monde cruel et bien réel. J’ai fait de mauvais choix, je me suis souvent entourée d’êtres cruels, j’en subis les conséquences. Ce que je conte ne peut en aucun cas être totalement fictif.

Je sais, cher lecteur, que ce que tu viens de lire concernant la narratrice peut te plomber le moral. Mais il y a une chose qu’il ne faut pas perdre de vue : la littérature peut beaucoup. Elle peut t’aider à tenir bon, elle peut en même temps qu’elle te distraie t’enseigner certaines choses que l’on ne nous enseigne pas à l’école, elle peut t’aider à former ton esprit, elle peut t’ouvrir les portes d’un monde que tu ne soupçonnais pas et ainsi te faire grandir.

Ainsi, moi, je me souviens du tout premier livre que j’ai lu avec passion. J’étais gamine, à l’école primaire. Ce jour-là les étudiants faisaient grève. Certains d’entre eux, en colère, cassaient tout. Ils lançaient des cailloux sur toutes les vitres des bâtiments officiels et mon école se trouvait sur leur trajet. L’institutrice dans le but de nous protéger des projectiles et des débris de verres cassés, nous avait rassemblés au milieu de la salle de classe, loin des fenêtres. Avec notre aide elle avait formé grâce aux pupitres un carré dans lequel nous devions nous tenir sous les tables dès que les étudiants grévistes s’approcheraient.

Nous n’étions pas nombreux ce jour-là en classe. D’habitude cette institutrice dispensait son enseignement à soixante élèves dans cette salle de classe. Je crois que cette journée d’école est le plus beau souvenir que je conserve de mes années d’études. Parce que nous étions peu nombreux, elle disposait de plus de temps et d’attention pour chacun d’entre nous.

A un moment où les lycéens faisant grève se trouvaient dans le quartier où était située mon école, nous nous sommes mis à l’abri sous les tables. Je cherchais à m’occuper pour passer le temps et peut-être aussi pour tenter de maîtriser la peur qui s’emparait de moi quand tout n’était plus que bruit et fureur tout autour. C’est à ce moment-là que j’ai remarqué la petite bibliothèque à mes côtés. J’ai pris un livre. Dans mon souvenir ce livre était ce qu’il est communément admis de désigner, avec mépris, un livre à l’eau de rose. Ce livre racontait avec force détails les aventures d’une petite orpheline recueillie, si je me souviens bien, par une tante pas très gentille, à Milan.

L’auteur décrivait cette ville italienne avec tant de talent, que j’étais propulsée dans les rues de Milan et partageais toutes les souffrances qui s’abattaient sur les épaules de la malheureuse enfant.

Là est né mon amour des livres. Cet amour-là ne m’a plus jamais quitté.

Quelques années plus tard quand je suis arrivée en France, j’ai découvert qu’il existait des lieux où l’on pouvait s’inscrire pour emprunter des livres. Je n’ai plus cessé alors de lire. Toute sorte d’ouvrages. Au début j’ai lu ce qui était à ma portée, ce que je pouvais comprendre, des livres faciles pourraient dire ceux qui marquent du mépris pour ce genre littéraire-là.

Mais, ainsi que je l’ai déjà écrit, les livres aident à grandir, votre désir de lecture s’affine, devient plus exigeant et l’on passe à d’autres types d’ouvrages ; romans, nouvelles, biographies de personnages historiques, les livres d’économie. Ici je pense à l’auteure Viviane Forrester qui avec « l’horreur économique », m’a fait un gros effet au moment où je l’ai lu. Elle réussi avec brio et intelligence à vous faire pénétrer dans un univers hermétiquement clos d’habitude : le monde politico financier. Je me suis plongée avec délice dans ce monde-là même si c’était pour frémir d’horreur et de dégoût devant tant de folie. Je n’ai pas pu m’arrêter de le lire avant le point final ; les livres d’Histoire aussi m’intéressent beaucoup, la poésie et même le théâtre, et que dire des dictionnaires. N’est-ce pas merveilleux un dictionnaire ? N’est-il pas merveilleux de laisser un mot te prendre et t’embarquer pour un voyage ? A une époque je disais que les livres m’ont sauvé la vie à l’adolescence.

On dit souvent que la plus belle histoire d’amour est celle qui reste à venir. Je ne sais pas si cela est vrai. En revanche, je sais que l’une des plus belles histoires d’amour qu’il m’a été donné de vivre jusqu’ici, je la dois à la littérature. Avec un livre la magie entre dans votre vie, grâce à un livre vous pouvez vous créer une bulle, votre bulle de respiration indispensable à la survie dans ce monde désolant, vous pouvez vous y isoler, vous y avez le droit de rêver. Un livre peut vous insuffler l’espoir en même temps que le savoir.

Je me rappelle encore cette période de ma vie où je devais pour gagner ma pitance et nourrir mes enfants, faire trois heures de trajet par jour en bus, métro et RER. La seule chose qui a pu me permettre de tenir bon, jour après jour durant ce long chapitre de ma vie, ce fut les livres que je lisais, dans lesquels je me plongeais assise ou debout, qui me permettaient de m’isoler du bruit, du stress, de cette tension si nerveuse qu’elle en devient presque palpable ; ce mal-être que l’on ressent quand on prend les transports en commun tous les jours pour se rendre à son travail et en revenir. Cette vie-là est une triste vie et là encore les livres sont venus à mon secours.

à suivre...

 

 

   

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