L'offense chapitre 2

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Dom Carlos fit une cour pressante à cette jeune fille avec l’assentiment des parents et sous la surveillance de la mère, qui veillait scrupuleusement à la bonne moralité de son enfant.

Isabel aidait sa mère à tenir un commerce destiné aux élégantes qui composaient l’élite capverdienne, et qui pouvaient se procurer-là tout ce que le Portugal pouvait assouvir de leur besoin de coquetterie. Cette officine avait le charme d’un boudoir. Lorsque ces Dames s’y rendaient elles y étaient reçues dans un grand confort feutré et pouvaient tout en sirotant une tasse de thé, choisir des parures, des souliers d’une exquise délicatesse, des chapeaux à la mode du Portugal, des gants satinés, et le service dont elles raffolaient le plus, les doigts habiles d’une couturière que Legea mettait à leur disposition pour réaliser toutes les toilettes dont elles avaient vu un modèle dans une revue et dont elles voulaient l’exacte réplique. Isabel, quant à elle, distrayait ces dames par sa conversation érudite, teintée d’un humour bienséant ainsi que le voulait cette société. Les dames qui fréquentaient cette loja dédiée à l’élégance ne tarissaient pas d’éloges lorsqu’elles conversaient avec Dona Legea, sur les multiples talents d’Isabel, jeune fille distinguée et spirituelle.

Ce commerce était prospère et la famille Gonçalves, menait grand train dans leur sobrado, donnant des réceptions dignes des bals les plus courus de Lisbonne.

 

Toute la ville de Nova Cintra savait que Dom Carlos rendait de fréquentes visites aux Gonçalves et que cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : il courtisait Isabel. Les habitants de Nova Cintra attendaient de voir sur quoi ces visites allaient aboutir. Ils connaissaient Dona Legea et se doutaient que cette mère n’allait pas confier, sans certaines garanties, le destin de son enfant à un homme dont toute la population connaissait les manières hussardes.

Et c’est ainsi qu’une après-midi, tout en sirotant le thé, Dom Carlos confia à Dona Legea les penchants de son cœur envers Isabel. Elle l’écouta avec la plus grande attention puis, posant la tasse en porcelaine qu’elle tenait en main, elle lui rappela toutes les qualités de sa fille ainsi que l’éducation soignée dont elle avait bénéficiée et ce n’était pas, lui dit-elle, pour la confier à un homme qui certes était d’ascendance noble et disposait d’une belle fortune, mais qui jusque là, ne s’était pas toujours comporté en gentilhomme avec ses multiples conquêtes féminines de l’île de Brava, qui elles n’avaient pas eues la chance d’avoir une mère attentionnée et éduquée pour leur permettre de se garder des manquements de certains hommes envers elles. Elle poursuivit en lui disant que sa petite Isabel, pouvait se targuer d’avoir une mère avisée qui saurait toujours la mettre à l’abri d’une relation qui entacherait l’honneur de cette enfant à jamais. Par conséquent, si les sentiments de Dom Carlos envers sa petite Isabel étaient sincères, il ne saurait prendre ombrage des inquiétudes de sa mère, une mère qui elle-même avait du sang bleu qui lui coulait dans les veines, et ne pouvait envisager autre chose pour sa fille chérie, qu’un mariage en bon et dû forme ; que par là-même, Dom Carlos ferait taire toutes les langues déliées de l’île, en faisant la preuve qu’il était, à n’en pas douter, un noble cœur et un homme de bien. Voilà les conditions, et les seules, qui autoriseraient la famille Gonçalves à lier le sort de leur Isabel à celui de Dom Carlos Dos Santos Spiritos.  

Il lui rétorqua qu’il ne saurait en être question, qu’elle avait perdu la tête, qu’elle était bien prétentieuse et oubliait bien vite qu’elle n’était qu’une négresse. Qu’un homme de sa qualité, un aristocrate, ne pouvait en toute décence envisager pareille union.

Elle répliqua à cela que, certes, elle n’était qu’une négresse, mais qu’il ne devait pas oublier à son tour, qu’elle était issue d’une élite respectable et respectée avec laquelle il composait, et qu’à son humble avis, il ne trouverait plus une seule famille, digne de ce nom, sur l’île, pour mettre entre les mains d’un homme aussi vil la destinée de son enfant.

Il repartit furieux.

 

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