L'offense chapitre 3

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Durant quelques semaines, les Gonçalves n’eurent plus aucune nouvelle de Dom Carlos. Un soir pourtant, il se présenta. Lorsque le domestique vint annoncer à la maîtresse des lieux cette visite, elle refusa tout net de le recevoir. Il lui fit porter un second billet, où elle put lire qu’il regrettait les paroles désobligeantes qu’il avait proférées, qu’il était tout disposé à faire ce qu’elle voudrait si c’était là la seule manière pour elle d’envisager l’avenir de leur fille qu’il aimait, elle ne devait plus en douter, tendrement.

Elle le reçut donc, fort courtoisement. La discussion qui s’engagea alors, portait, pour l’essentiel, sur les détails à régler pour cette union. Dona Legea demandait à ce qu’un contrat prénuptial fut rédigé, qui stipulerait que les biens propres de sa fille Isabel ainsi que les biens de la famille Gonçalves, n’appartiendraient jamais à son époux, car elle se doutait bien qu’au cas où des enfants viendraient à naître à la suite de ce mariage, Dom Carlos ne consentirait jamais à en faire les héritiers de son titre, par conséquent, poursuivit-elle, elle tenait à préserver l’avenir des ses futurs petits enfants. Elle demandait  aussi à ce que sur le contrat de mariage, Dom Carlos s’engage à reconnaître à l’état civil les enfants qui viendraient à naître après le mariage. Il accepta.

Le lecteur s’étonnera qu’un homme de la trempe de Dom Carlos accepte, somme toute assez facilement, les exigences de Dona Legea. N’oublie pas, lecteur, qu’il est des hommes qui pour arriver à leur fin, sont capable d’une duplicité telle, qu’il ferait croire n’importe quoi à une femme, surtout si celle-ci se laisse conduire par la vanité.

Ils furent unis, pour le meilleur et pour le pire, en grande pompe, devant Dieu et les hommes. Tout ce que la ville comptait d’élégantes et d’élégants, fut convié à venir se réjouir avec les parents de la mariée de leur bonne fortune.

Là, se pressait une foule distinguée, certes, mais aussi les éternels esprits chagrins qui ne manquent pas à ce genre de noces et les langues allaient bon train. Ainsi, dans le vaste salon tout illuminé, dont les tentures de velours d’un rouge profond, ornaient de leur magnificence les fenêtres, pouvait-on entendre un épouvantable brouhaha ainsi que des paroles de fiel proférées par les plus exquises lèvres et par les esprits les plus brillants de ce temps-là. Ici, Dona Quelque Chose faisait remarquer que Dona Legea pouvait tant qu’elle voulait crier sur tous les toits qu’elle aussi était une aristocrate, il n’en demeurait pas moins que sa loja n’était pas la seule source de revenus de son ménage, que c’était là une façade qui dissimulait en fait que son cher et tendre époux, faisait du trafic d’humains, qu’il suffisait d’ouvrir les yeux pour comprendre qu’une telle fortune ne pouvait exclure le trafic d’esclaves ; là, Senhor Untel ne comprenait pas que Dom Carlos ait accepté de telles épousailles avec ce qui n’était après tout qu’une négresse. C’était là les mêmes catholiques pratiquants, qui tantôt avaient chaleureusement serrés sur leur poitrine la jeune mariée et avaient félicités le marié. J’épargnerai à mon lecteur, la fastidieuse liste de tous les mauvais présages fait à ce couple, à cette union que beaucoup considérait contre-nature.   

 Le couple ainsi béni par toutes ces belles âmes, s’installa dans un sobrado nouvellement construit.

En l’espace de deux années, deux enfants virent le jour. Un garçon puis une fille.

 

 

Publié dans TEXTES

Commenter cet article

andrée wizem 08/03/2010 11:17


bonjour faustine
je viens découvrir la suite de ce qui s'annonce comme une saga sur fond de compromissions
quelques protagonistes tenteront ils d'échapper aux rituels des imbrications sociales
et des gains à court terme
on espère toujours que cela soit possible mais les liens semblent se monneyer à prix fort