L'offense chapitre 4

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Le fil du temps s’égrenait, les petits grandissaient choyés par une mère attentive et souriante dans une belle et confortable demeure, Isabel dirigeait les domestiques comme elle l’avait appris de sa mère, les repas dont on s’y délectait étaient servis à heures fixes, dans une salle à manger ornée d’une table dressée comme pour honorer des princes, servis dans de la vaisselle en porcelaine, posée sur des nappes ouvragées avec finesse, le vin était des meilleurs crus et les enfants déjà couchés, pour ne point embarrasser leur maman par les babillages qui auraient provoquer le courroux d’un père et d’un époux désormais taciturne.

Sauf s’ils ont été mariés, peu de gens savent ce qui peut se passer entre un homme et une femme, une fois que les portes se sont fermées sur les derniers invités. Le vernis d’un mariage arrangé, fini toujours par craquer quel que soit le soin que l’épousée prend à le faire briller au quotidien, dans le secret de l’alcôve.

Isabel allait apprendre, ainsi que toute femme mariée d’ailleurs, à travers tous les âges, qu’il n’y a pas un bienfait récompensé lorsque le mari est un être insatisfait. De même qu’il n’est pas d’étreinte, aussi passionnée soit-elle au début d’une union, qui ne finisse par ternir tel un linge qui prend la couleur incertaine du gris terne délavé et distendu à force de lavages répétés, au fil du temps qui passe et qui lasse l’époux, pas plus qu’il n’est de mari qui ne finisse par reprocher à celle qui est sa femme et la mère de ses enfants, ses désirs de mâle qui toujours seront inassouvis, qui justifiera ses infidélités avec une mauvaise foi à vous laisser sans voix, imposera à l’épouse un visage fermé et sur lequel elle aura tout le loisir de lire, il s’y emploiera avec la précision d’un chirurgien expérimenté maniant le scalpel, qu’elle ne le passionne plus et même pire : qu’elle lui est indifférente.


A l’époque où se déroule l’histoire qui est ici portée à ta connaissance, cher lecteur, un époux avait tous les droits de maltraiter et de tourmenter à loisirs une épouse, sans que cela soulevât l’indignation de sa famille à elle et encore moins de la société. Une fois l’union sanctifiée, le sort de la mariée n’était plus du ressort de personne, hormis de celui du marié. Qu’elle sourie, voilà ce que l’on attend d’elle. Elle peut pleurer toutes les larmes de son corps parce qu’elle est malheureuse, mais qu’elle le fasse seule, dans son cabinet de toilette et surtout, qu’il n’en reste aucune trace, car l’on ne se privera pas, à commencer par sa propre mère, de lui faire la leçon et de lui adresser de vifs reproches, sous prétexte que c’est la condition d’épouse même qui exige cela, qu’elle doit apprendre patience et feinte de la joie pour soulager l’époux qui travaille pour lui assurer un train de vie que beaucoup lui envieraient.

Isabel avait maintenant vingt ans, deux enfants, et un mari qui non seulement la trompait, tout le monde le savait et elle avait fini par le savoir aussi, mais encore lui cherchait-il sans cesse querelle à tout propos, l’humiliant devant les domestiques et les invités, lui adressant des reproches sur le repas qui selon lui n’était pas des plus raffiné, sur le vin qui avait été servi et n’avait pas eu l’heur de lui plaire, sur ses toilettes, qu’elle prenait pourtant le plus grand soin de choisir pour que toujours elle fasse honneur à son époux, en lui hurlant au visage qu’une femme mariée et mère de famille, ne pouvait plus se permettre la coquetterie qui seyait à une jeune fille de seize ans, ou encore sur la manie qu’elle avait de rebondir sur une phrase lors d’une conversation pour donner son avis qu’il tenait pour des moins éclairé, et j’en passe.

Isabel se morfondait dans cette grande maison, elle donnait ses ordres aux domestiques avec de la lassitude dans la voix, ses travaux d’aiguilles l’ennuyaient, elle n’était pas libre de ses mouvements et même, il n’hésitait plus désormais à la souffleter. Elle ne comprenait pas comment cela avait pu lui arriver à elle ni pourquoi. Elle se désolait. Elle était plongée de plus en plus souvent dans une tristesse que les larmes ne soulageaient pas.

Un matin, Dom Carlos vint trouver Isabel dans son cabinet de toilette, pour lui dire qu’une pressante affaire familiale requerrait sa présence à Lisbonne, où son frère venait de mourir en laissant une veuve.

Il partit donc par le premier navire qu’il put trouver et sa femme se demandait si elle le reverrait un jour. Il se passa un an sans qu’elle reçût la moindre nouvelle de lui, quand un jour l’on vint lui porter une missive de Dom Carlos qui lui annonçait ainsi son prompt retour à Brava. Son cœur fit un bond tant elle redoutait d’affronter de nouveau celui qui la torturait à discrétion il y a encore peu de mois.

 

            

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