L'offense chapitre 6

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Isabel prit la ferme résolution de prendre toute la ville de Nova Cintra à témoin des malveillances de son époux à son égard. Elle se rendrait désormais tous les dimanches à l’office, le visage découvert afin que nul ne doutât des violences qu’elle subissait.

Le premier dimanche où elle alla ainsi à l’église, l’attention de Dom Carlos et de sa seconde épouse, fut attirée vers la porte d’entrée par des « oh » d’indignations de tous les bons catholiques pratiquants présents. En effet, comment osait-elle venir troubler de la sorte leurs recueillements sincères ? Elle avait perdu l’esprit, son mari devrait prendre les mesures qui s’imposaient pour l’empêcher de se donner ainsi en spectacle, qu’espérait-elle ? Il avait, en tant qu’époux, le droit de faire ce qu’il voulait il ne seyait pas qu’elle vienne le défier de la sorte. Voilà en quelques mots ce que l’on pouvait entendre chuchoter par ces bons chrétiens et plus particulièrement par les femmes qui composaient cette assemblée, qui à n’en pas douter, supportaient en silence, dans le secret de leurs sobrados les vilénies des hommes auxquels elles étaient liées, d’autant plus quand ses hommes étaient portugais.

Isabel vit ses parents quitter l’église sans un regard vers elle. Elle était plus que jamais résolue à rester jusqu’au bout de la messe, ce qu’elle fit, puis elle regagna sa maison. Son mari ne tarda pas à se manifester et à laisser libre cours à sa violence. Isabel se défendit cette fois avec une force qu’elle ne se soupçonnait pas, rendant les coups avec tout ce qui lui tombait sous la main, jusqu’à une paire de ciseaux à ongles, avec lequel elle lui balafra le visage. Il se précipita hors de la chambre de sa femme. Après son départ, elle s’aperçut qu’il avait laissé tomber son trousseau de clefs. Elle ne put s’empêcher de sourire en voyant ses clefs, car cela voulait dire que dorénavant, il ne pourrait plus s’introduire chez elle comme il le faisait jusqu’alors.

 

Mais, pourrait se dire le lecteur, puisque toute la ville savait que cette femme avait été bafouée et était maltraitée par son mari, pourquoi ne le poursuivit-elle pas devant la justice ?

Là, cher lecteur, l’auteure te bénira de jouer ainsi le candide et de ce fait, l’obliger à rappeler quelques vérités. Oui, tu as mille fois raison, lecteur, il est des vérités qui méritent d’être dites et répétées : une femme allant devant un Juge pour se plaindre de la mauvaiseté de son mari à son égard, et ce à travers tous les âges y compris dans notre vingt et unième siècle, alors imagine, cher lecteur, au dix-huitième ; n’a aucune chance, à moins qu’elle ne fût Reine, et encore, d’obtenir réparation. Au mieux on la plaindrait (mais qui aime inspirer la pitié, hein ?), au pire l’avocat de la partie adverse, n’hésitant devant aucune bassesse qui déshonore cette profession, la ferait passer pour une harpie voulant se venger d’un homme qui l’a délaissée.

Car il est des magistrats, pour qui seule compte leur ambition personnelle, qui n’iraient pour rien au monde prendre le risque de voir mettre un frein à leur carrière dans le but de faire leur office à savoir : rendre la justice en toute équité et en toute impartialité, si ce faisant ils risquent de froisser un grand nom. Il ne faut pas perdre de vue que l’homme ici incriminé, était un aristocrate alors que la femme, même issue de la bourgeoisie, n’était aux yeux de cette magistrature qu’une négresse.

 

A quelques temps de là, la seconde épouse mit au monde une fille. Après qu’elle se fut remise de ses couches il se donna chez elle une réception pour clore en beauté cette journée où le baptême de la petite avait eu lieu.

Isabel avait été informée de la date de ces agapes par une amie. De celles qui se réjouissaient et se gargarisaient de ses infortunes mais ne dédaignaient pas fréquenter son salon pour l’instruire des nouvelles charmantes qu’il ne fallait en aucun cas se manquer d’aller porter aux oreilles de celle qui était désormais désigné du menton dans la rue.

Elle mit toute la journée à se préparer pour aller elle aussi à ce bal que pas une âme de la ville n’allait manquer. Elle choisit avec le plus grand soin la toilette qu’elle allait vêtir et qui mettrait plus que jamais en valeur sa taille fine en même temps qu’elle allait montrer qu’elle était pourvu d’une belle gorge. Cette toilette était rouge. Un rouge éclatant.

Elle entra sans difficulté dans la demeure, les portes étant restées grandes ouvertes pour en faciliter l’accès au grand nombre d’invités. Elle marchait d’un pas ferme et résolu, saluant chacun de son plus beau sourire, jusqu’à arriver face à la maîtresse de maison. Dom Carlos se leva d’un bond et lui hurla au visage qu’il n’avait pas souvenir de l’avoir conviée, qu’elle l’embarrassait et importunait son épouse. Elle répondit, en faisant une profonde révérence à l’épouse en question, qu’elle ne comptait importuner personne, qu’elle venait seulement faire là ce qu’elle estimait son devoir à savoir : témoigner son plus profond respect à sa co-épouse, que leur mari n’avait pas eu la courtoisie de lui présenter. Elle félicita la jeune mère, lui souhaita une nombreuse progéniture et prit tout le temps de la détailler de la tête aux pieds.

Cette femme n’était guère plus âgée qu’elle-même, elle était belle mais gâchait la joliesse de ses traits par une manie qu’avaient les Dames de la haute société portugaise de l’époque, par une tenue vestimentaire sombre, austère, terne. Comme c’est dommage pensa Isabel avant de prendre congés.

 

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