L'offense chapitre 9

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Isabel recevait toutes les nuits, les hommages d’un homme que personne mis à part elle, ne connaissait. Il arrivait chez elle à la nuit tombée, masqué. Les commères de Vila Nova Cintra auraient donné cher pour connaître l’identité de l’amant d’Isabel. Mais elle était habile et prenait ses précautions. Cet homme était comme elle un métis qui avait réussi à s’établir grâce au commerce des épices et d’autres qui se pratiquaient à cette époque-là au grand jour et qui généraient d’énormes profits. Ni Isabel ni son amant, ne rougissaient de ce trafic que tous les hommes puissants pratiquaient à tel point que pas une fortune européenne ne pouvait prétendre s’être faite sans l’achat et la vente d’êtres humains, qui s’échangeaient au même titre que le sel ou le poivre, une marchandise parmi d’autres.

Francisco Neves, l’amant d’Isabel, mettait un soin tout particulier à honorer sa belle. Non seulement il la couvrait de bijoux, mais encore était-il un amant exquis, de la race de ceux qu’une femme n’a que peu de chance de croiser tout au long de sa vie amoureuse. Il se souciait d’avantage de la combler physiquement que de son propre plaisir charnel, ne pouvant tirer jouissance de leurs ébats que lorsqu’il avait senti son amante frissonner de tout son corps, se livrer, s’abandonner pour le prendre. Là, seulement là, il pouvait entrer en elle, qui s’ouvrait toute pour l’accueillir et l’empoigner de toute la force des muscles de ses cuisses tendus à l’extrême, et glisser sur une surface d’une moiteur dont le seul fait de sentir le contact sur la peau sensible de son organe justifiait à lui seul un orgasme qui les laissait tous deux languides et pourtant encore plein de vigueur. Ils finissaient par s’endormir dans les bras l’un de l’autre d’un sommeil visité par des visions oniriques.

 

 

L’une de ces après-midi où elle s’ennuyait à mourir, Linda vint à la boutique de Dona Legea se distraire en faisant des emplettes. Elle fit porter un petit mot codé (ces deux Dames se servaient de vers en alexandrin dont elles brouillaient la métrique pour s’écrire) à Isabel qui arriva quelques minutes plus tard. Isabel sans passer par la boutique alla directement à la chambre qu’elle avait occupé toute son enfance et y fit monter Linda. Cette dernière ne se tenait plus d’impatience, elle n’en pouvait plus de rêver toutes les nuits de cet amoureux qu’elle ne pouvait étreindre. A la façon dont elle s’exprimait, on pouvait sentir que cette jeune femme, bien que mariée deux fois, ne connaissait pas le plaisir d’une femme pour qui l’on a respiré et à qui l’on a dispensé le savoir faire d’un amant expert tout à la joie de vous sentir frémir sous ses habiles caresses.

Isabel se dit qu’il était temps d’instruire son amie. Pour ne point l’effaroucher, elle lui conta longuement par des mots soigneusement choisis ce qu’une femme était en droit d’attendre d’un homme lorsqu’elle se trouvait dans un lit avec ce dernier, et qu’elle se devait à son tour de lui témoigner ce que le plaisir qu’il lui avait donné avait inspiré à tous ses sens. Elle lui en fit la démonstration en se déshabillant, en se caressant puis en invitant son amie à venir la rejoindre. Et elles passèrent là un moment qui allait en appeler d’autres et resterait dans leur mémoire, pur de toute tâche, sans idée de pêché, qui simplement ferait rosir leurs joues chaque fois qu’elles y repenseraient et allait sceller à jamais la complicité de ses deux femmes qui se découvraient attirées l’une par l’autre et chérissaient cette idée.         

Lorsqu’elle jugea son amante assez éclairée quant aux choses qui adviennent quand une femme et un homme se donnent l’un à l’autre sans contrainte, elles se mirent à réfléchir à la meilleure des façons pour sa chère Linda de prendre un amant en secret, sans éveiller les soupçons, en toute discrétion. Un amant qui allait permettre à Isabel d’anéantir son époux.

Ce fut une joie pour ces deux amies de laisser libre court à leur imagination, en faisant défiler dans leur cerveau tous les noms des jeunes hommes domiciliés à Vila Nova Cintra.

Celui-ci était certes beau mais il manquait de caractère, tel autre aurait pu convenir, hélas, ses manières étaient dépourvues de raffinement, sur un autre visage, on ne pouvait manquer de lire une absence totale d’intelligence. Oh non, pas lui non plus, ce n’était qu’un fat se vantant sans vergogne de ses nombreuses conquêtes féminines sur lesquelles il jetait ainsi le discrédit. Quant à celui-là, ce n’était tout simplement pas possible, il était laid, ainsi de suite une bonne demi-heure durant. Décidément aucun des nombreux jeunes gens de l’île n’avait l’heur de leur plaire.

Tout à coup, Isabel poussa un cri. Oui, bien sûr, était-elle sotte de n’y avoir songé plus tôt. A quelques temps de là, elle avait fait la connaissance, lors d’une réception, d’un jeune militaire portugais affecté à la ville depuis peu. Isabel se mit à brosser le portrait de ce jeune homme qu’elle tenait pour un gentilhomme accompli tant dans ses manières avenantes et raffinées, que par son intelligence qui ne pouvait laisser planer aucun doute quant à ses capacités intellectuelles et spirituelles. Très discret, ne se mêlant à une conversation que s’il était invité à se prononcer pour donner son avis, le faisant avec la plus grande sagacité, avec une indulgence teintée d’ironie etc. Qui plus est, il est beau, riche, vient d’une toute puissante famille portugaise. Bref, ce gentleman possédait en lui toutes les vertus, indispensables, exigées de ces deux Dames pour mener à bien le plan diabolique qu’elles allaient tisser, fil après fil, dans le dessein de perdre, d’abattre aux yeux de tous, l’infâme comte Carlos Dos Santos Spiritos. De plus, il n’ignorait rien de la goujaterie de ce dernier qu’il exécrait.

à suivre...  

 

 

                                 

            

Commenter cet article