La pauvreté

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

La pauvreté c’est vivre dans l’inquiétude

La pauvreté c’est l’insécurité au quotidien

La pauvreté c’est savoir que demain sera pire qu’aujourd’hui

La pauvreté c’est être obligé de vivre en hlm

La pauvreté c’est se demander à chaque instant comment nourrir ses enfants correctement

La pauvreté c’est compter chaque centime pour

Payer la nourriture

Le loyer

L’électricité

Le gaz

L’eau

Le téléphone

Vêtir ses enfants

La pauvreté veut dire que tes enfants ne peuvent faire de solides études

La pauvreté c’est ne pas pouvoir acheter des légumes, des fruits et de la viande de qualité

La pauvreté c’est se priver de nourriture pour pouvoir nourrir ses enfants

La pauvreté c’est ne pas pouvoir acheter plus de 6 litres de lait par mois

La pauvreté c’est ne pas pouvoir acheter du café

La pauvreté c’est ne pas pouvoir se soigner les dents

La pauvreté c’est réparer ses lunettes soi-même avec du scotch ou un trombone

La pauvreté veut dire que tes enfants ne peuvent avoir une bonne dentition

La pauvreté c’est ne pas pouvoir s’acheter un bouquin même à France loisirs

La pauvreté c’est ne pas pouvoir s’offrir un disque

La pauvreté c’est ne pas pouvoir aller

Au théâtre

Au cinéma

Aux concerts

A l’opéra voir un ballet

Assister à une conférence

La pauvreté c’est juste avoir le droit de regarder les programmes que propose la télévision en guise de culture

La pauvreté c’est réaliser que cela fait plus de 20 ans que tu n’as pas pu partir en vacances dans ton pays d’origine

La pauvreté c’est les nuits blanches passées à se demander comment

Je vais faire demain

Que deviendront mes enfants si je meurs demain

Quand mon travail sera-t-il reconnu et rémunéré à sa juste valeur

La pauvreté c’est se demander

Pourquoi cette société dit à tes enfants que leur mère ne travaille pas, alors que tu travailles

Pourquoi leur dit-on que tu ne payes pas d’impôts alors que tu en payes

Quand on est pauvre on est indigné d’apprendre que le Trésor Public, donc l’Etat, donc grâce aux impôts que tu payes, va faire un chèque de 240 millions d’euros à Bernard Tapie

Quand on est pauvre on a intérêt à savoir se servir

d’une perceuse à percussion

d’une scie sauteuse

d'une disqueuse

d’une meuleuse

d’un poste de soudure

Quand on est pauvre on a intérêt à savoir

tapisser une chambre

peindre les murs de ton appartement

changer une serrure

réparer la plomberie défectueuse de ton logement hlm

coudre tes rideaux

retaper un meuble branlant ou cassé

Quand on est pauvre on existe dans l’inconscient collectif en négatif, juste pour le négatif

Quand on est pauvre on vit en enfer et on s’aperçoit que Dante était un visionnaire

Quand on est pauvre on est confiné dans les ténèbres

 

C’est le chômage qui engendre la pauvreté

C’est le travail mal payé qui engendre la pauvreté

C’est le travail pas reconnu qui engendre la pauvreté

La pauvreté c’est courir tout le temps

La pauvreté ne te laisse pas un instant de répit

La pauvreté c'est une vie rognée

La pauvreté te tue à petit feu

La pauvreté te rend dépressif

La pauvreté t’ôte le goût de vivre

La pauvreté c’est la misère

La misère te prive d’espoir

La misère est inhumaine

La misère est une violence

La misère est universelle

La misère est anticonstitutionnelle

 

Faustine

 

 

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Xavier Bordes 30/11/2010 14:04



Bon, je comprends mieux le cheminement de vos idées... Je partage avec vous l'indignation légitime que vous ressentez face aux injustices criantes de ce monde... La nature elle-même ignore la
justice et l'équité au sens où nous l'entendons, d'ailleurs, et qui est une vision purement humaine ! On adit longtemps que "le rire est le propre de l'homme !" C'était faux, les animaux rient
aussi. En revanche, je crois que le sentiment de l'injustice est spécifique à notre espèce, ou plus exactement à chaque "moi" humain. Et là se trouve le porblème ! Chaque humain occupant sa place
unique dans l'espace temps, son point de vue unique, dans un corps-prison unique, malgré nos efforts nous sommes incapables de nous placer vraiment, totalement, au site qui est le point de vue de
l'autre. Il s'ensuit que chacun réclame justice-pour-soi, à travers la loupe déformante de son moi, et considère facilement que les autres ne sont pas justes envers lui.


Or, quand on a affaire aux grands systèmes des "sociétés dites civilisées", ceux qui dirigent, qui ne sont pas forcément des salauds (mais c'est une autre question), à supposer qu'ils soient
honnêtes sont forcés de prendre des décisions globales, de tenter de résoudre les soucis et problèmes qui affectent le plus grand nombre : ce qui se fait en général au détriment des individus qui
ne sont pas, sur telle ou telle question, de ce nombre.


De là, la complexité des problèmes ! Je prends un exemple : si les banques et leur système (c'est comme la démocratie le moins pire qu'on pense avoir trouvé jusqu'à présent) s'étaient effondrés
chez nous, les plus pauvres auraient "morflé" en premier et bien plus violemment que les fortunés... et pour une poignée (comparativement à la population qui en dépend) de banquiers ruinés et
supposément jetés à la rue parce qu'on aurait refusé de les enflouer avec l'argent de tous, ce seraient des millions de gens innocents qui eussent, non pas perdu une fraction de leur argent et de
leur pouvoir d'achaut, mais tout perdu avec le naufrage des banques...


Si donc votre texte sur la pauvreté est juste, frappant, réel, et qu'il reproche aux constitutions de n'être pas appliquées, il faut se demander si, en fait, elle ne représentent pas (seulement)
des idéaux, des étoiles vers lesquelles on s'efforce de marcher, et si elles ne sont pas en soi tout simplement inapplicables !


A comparer avec les temps où il n'existait rien de ce genre, l'âge des cavernes par exemple, l'âge des constitutions est-il pire pour les individus ? Si c'était le cas, les humains ne se seraient
pas multipliés au point qu'il y ait aujourd'hui vivants sur la planète, davantage de gens qu'il n'y en eut si on additionnait tous ceux qui ont vécu depuis le début de l'humanité ! Jadis les
infirmes mouraient rapidement, comme les animaux blessés. Jadis, un grand froid décimait ou faisait mourir de faim ou de maladie des régions entières... Etc. Et le seul fait aujourd'hui qu'on
puisse penser aux injustices de la société prouve bien que les choses ont progressé au cours des siècles, car nos aïeux des temps obscurs n'avaient guère, affrontés qu'ils étaient à un immédiat
problème de survie et d'hyper-précarité (sauf cas exceptionnels), le temps de songer à la justice, ni à ce qui pouvait être leur dignité, ou la "constitutionnalité des choses", dont ils ne
soupçonnaient même pas la notion...


Je considère donc que c'est une des fonctions du poète de rappeler sans cesse aux humains que l'injustice est inhumaine, autrement dit "naturelle", et en ce sens je vous approuve ABSOLUMENT, tout
en songeant que l'être humain qu'il le veuille ou non - et il a tendance à l'oublier souvent, la question du climat actuellement nous le rappelle ! - est aussi un "être de la nature" : les
New-Yorks ne sont pas si différentes des termitières, et nos inconscients pas si loin de ceux des autres animaux. Par suite, s'il faut se guider sur l'étoile des "constitutions" et autres textes
nés de la philosophie, il importe d'être conscient que l'on peut lentement s'en rapprocher, mais qu'on ne la touchera, l'atteindra, la saisira jamais ! Par exemple, l'égalité entre les gens est
impossible : tout le monde n'a pas les mêmes capacités (physiques comme intellectuelles), je ne pourrai jamais être champion du monde de tennis ! Je ne serait jamais l'équivalent d'un Maurice
Ravel ! Plus simplement, je ne serais jamais vous à votre âge, par exemple, ni personne d'autre que moi-même, avec mon passé, mes réussites, mes erreurs... L'égalité n'est que "devant la loi", et
théorique, en "tant que citoyen d'un pays qui en rêve à travers une Constitution" depuis trois siècles - et pas plus ! - et que cette Constitution ne soit que timidement appliquée est la seule
chose à laquelle on peut s'attendre, vu la lenteur de progression des peuples : imaginez-vous que l'habitude de compter les oeufs, et les heures, par six et douze, remonte aux sumériens (environ
cinq mille ans avant notre ère) et que depuis sept mille ans donc, on n'a pas réussi à s'en débarrasser, ce qui complique bien la vie. A la Révolution, on avait réussi à instaurer le système
décimal dans tous les compartiments des mesures, SAUF LE TEMPS. Les gens n'ont pas voulu des jours de 2O heures de cent minutes de cent secondes ! Pourtant cela n'eût pas changé grand'chose à la
vie du peuple, et les calculs auraient été tellement plus faciles, pour calcules par exemple la vitesse des trains, les debits de liquides en litres par heure, etc. etc.


Mais rien à faire, on s'accroche aux oeufs par douzaines, aux huîtres par douzaines, aux heures par deux fois douze, etc. depuis la nuit des temps ! Alors vous pensez, une constitution qui n'a
que trois siècles est loin d'être entrée dans toutes les mentalités, c'est comme si elle datait d'hier par rapport à l'histoire de nos civilisations !


C'est pour cela que je disais qu'il ne suffit pas de décider une chose avec des mots, pour qu'elle s'applique, comme le mythe du "Fiat lux" divin - "et la lumière fut" ! Certes, le langage humain
modifie les choses, mais avec une lenteur à côté de laquelle un escargot avance avec la rapidité d'un TGV ! Il n'empêche qu'il est de notre responsabilité poétique de rappeler sans cesse, au sens
où vous l'expliquez, que la pauvreté doit être considérée comme "anticonstitutionnellle" ! Car la fonction et la situation poétique est de rappeler à la Cité des Hommes où est l'étoile, le Nord,
sur quoi cette Cité doit s'orienter.


Bien cordialement - et pardonnez-moi ce long développement !


 


 


 


 



SLAM POESIE DE FAUSTINE 30/11/2010 15:49



Il ne faut pas vous excuser de la longueur de votre commentaire, j'aime lire ce qui est le fruit d'une mûre réflexion, quelle que soit sa longueur. 


Ce que vous écrivez dans ce commentaire est tout à fait juste et de même qu'il est bon que les poètes nous rappellent le but vers lequel nous devons regarder, de même il est bon que les poètes
soient "poussés" par d'autres à regarder, lire, apprendre, se remettre sans cesse en question. J'aime cette idée.


Amicalement



Xavier Bordes 16/11/2010 11:42



Faustine, j'aime la vérité de tes poèmes fort et originaux. J'ai lu avec intérêt les deux derniers. Ma seule restriction serait "la pauvreté est anticonstitutionnelle", dont je ne comprends pas
bien le sens ! Car hélas, pour la supprimer, même si la "constitution" d'un état comportait un article pour le décider, ce serait un peu comme de décider que la pluie est "anticonstitutionnelle"
! Les problèmes que pose la réalité sont têtus, me semble-t-il, (mais je ne demande qu'à mieux comprendre ton point de vue...)


Bonne journée !



SLAM POESIE DE FAUSTINE 16/11/2010 13:00



Cher Xavier, j'aime l'idée vous me poussiez comme cela dans mes retranchements et j'aime aussi vos questions qui m'interpellent. Votre remarque est fort juste, sauf qu'il me semble, mais
peut-être que je me trompe, avoir lu quelque part dans les articles qui composent La Déclaration des Droits de l'Homme, que les Etats doivent faire en sorte que chaque être humain vive dans la
dignité, et la dignité, pour moi, veut également dire avoir le droit de ne pas vivre dans la précarité. On est pauvre parce qu'on n'a pas de travail. Et les Etats ne font strictement rien pour
éradiquer ce problème qu'est le chômage. Ils font le choix délibéré de favoriser l'essor des multinationales qui licencient à tour de bras dans le seul et unique but d'engranger plus de profit
pour eux et pour leurs actionnaires. La vie d'un être humain pauvre ne représente pas de valeur à leurs yeux. Cela me semble anticonstitutionnel, mais encore une fois, peut-être que je me trompe.
J'ai entendu hier aux infos que les entreprises du CAC 40 ont fait des profits faramineux depuis la fameuse crise économique de 2008 dont on nous rebat les oreilles. Je trouve cela scandaleux. Ou
c'est la crise ou ce n'est pas la crise. Il arrive un moment où il faut être cohérent, ça ne peut pas être la crise économique quand il s'agit d'améliorer la vie d'êtres humains et ne plus être
la crise économique quand il s'agit de s'en mettre plein les poches, et systématiquement dans la poche des mêmes personnes.


Voilà, j'espère vous avoir quelque peu éclairé quant à mon sentiment sur ce sujet. 


Faustine