Retour au pays natal inspiré de qui tout le monde sait (8)

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 

Dès le collège les adolescents ont accès à des cours d’éducation sexuelle, au centre social on leur fournit préservatifs et contraceptifs gratuitement, malgré cela, les jeunes filles se trouvent enceintes dès l'âge de 13 ans pour certaines. Leur constitution n’étant pas encore totalement achevée, complète, elles risquent la mort en portant des enfants dans leur trop jeune corps, dans ce corps encore en développement, dans ce corps encore trop fragile.

Certains disent qu’elles sont matérialistes, que c’est devenu une mode de sortir dans la rue avec un jeune enfant dans les bras tel un it bag. Il ne faudrait pas oublier l’influence des touristes, y compris des touristes capverdiens, qui viennent ici en vacances mais aussi celle de la télévision qu’elles regardent à outrance, toute la journée, à l’affût de la dernière télénovela brésilienne, portugaise, mexicaine.

Il y a ici des classes, des castes. Le contraste est flagrant, saisissant, si voyant, si violent.

Ces jeunes filles sont toutes plus belles les unes que les autres. Il y a ici toute une jeunesse en perdition.

Il y a ici des filles, jeunes, très jeunes, beaucoup trop jeunes, qui sortent en bande, consomment de l’alcool à outrance et des drogues dures, puis lorsqu’elles se trouvent dans un endroit où l’on diffuse de la musique, ici on joue de la musique partout, elles s’excitent, deviennent comme possédées, se mettent à se déhancher, on jurerait assister à un striptease. C’est d’ailleurs ce que c’est, du striptease quasiment intégral.

De temps à autres, on tombe sur une petite Andie et l’on se surprend à bénir ce miracle. Andie travaille au snack de l’Alliance Française. Elle fait le service. Andie est jeune, très jeune, elle est belle, souriante et très simple, un peu réservée. Andie est pauvre. Elle est obligée de travailler pour aider sa famille. Andie reste digne. Andie ne fréquente pas les bars, ne s’habille pas de manière provocante, ne va pas au festival de musique de Baia das Gatas. Andie évite les mauvaises rencontres.

Andie

Oui, Andie est le miracle de Sao Vicente. Andie me réconcilie avec l’humain. Merci à toi Andie. Ne change rien surtout.

Je suis à Cruz avec Paulo depuis hier, nous avons nettoyé la maison de tia Tanha, je sais que où qu’elle se trouve, elle doit être heureuse que sa maison soit propre.

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Dans ce quartier à majorité pauvre, on ne subit pas ce contraste violent et constant de Morada, entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui n’ont rien.

En revanche on y voit beaucoup de ces groupes de jeunes filles qui vont par bande à la recherche de l’aventure.

Dans notre rue, il y a quelques jeunes gens, très, très jeunes, qui ont vécu aux USA la plus grande partie de leur vie. Ils ont été renvoyés au Cap Vert par les autorités américaines. Ils ont dû faire de grosses conneries car ils n’ont plus le droit d’y remettre les pieds. Ils habitent la maison de leurs parents restés là-bas avec les frères et les sœurs plus sages. La maison paraît très grande. Ils ont un pitbull, passent la majeur partie de leurs journées à dormir, en fin d’après-midi, on les voit assis devant la maison. Ils ne sont pas les plus à plaindre dans ce quartier, les parents envoient des subsides.

Il existe un nombre incalculable de problèmes au Cap Vert, ce petit pays cher au cœur de chaque capverdien. En ce moment, on est en pleine campagne pour les présidentielles. Dès le matin très tôt, on entend de la musique à plein volume et ça dure jusqu’à pas d’heure, sans parler des voiturettes qui sillonnent les rues pour annoncer le programme du soir de chaque candidat, tout cela à plein volume. C’est une agression constante pour l’ouïe.

En dehors des périodes pré-électorales, les habitants de ces quartiers de la périphérie de Mindelo, ne voient pas un responsable politique. Elles n’intéressent pas grand monde ces personnes pauvres. Les gens, surtout les jeunes, sont en colère, beaucoup de personnes disent qu’elles n’iront pas voter. Ils râlent aussi parce qu’à ce jour, contrairement aux autres années, on ne connaît toujours pas le nom des artistes qui seront présents au festival international de musique de Baia. La musique, nos artistes, aident à vivre, dispensent à leur façon, par leur art, le souffle d’air pur nécessaire pour aider chacun à affronter les difficultés du quotidien. Je partage l’avis des râleurs.

Dans ce quartier, un shampooing-brushing coûte 3€ (300 esc). Personne à Morada ne comprend pourquoi j’aime mieux être ici à Cruz dans la maison de tia Tanha, où je dors sur un drap posé à même le sol, où il n’y a ni électricité ni eau courante. Je m’y sens bien tout simplement. Il y a les personnes que j’aime ici. Lita la coiffeuse, je l’ai connue il y a de cela près de 20 ans. Lita est une bonne personne. Il y a Paulo qui vit seul dans cette maison vide. Et tous les autres. J’aime être avec eux, j’aime que le temps s’écoule tranquillement en leur compagnie, j’aime leur simplicité, leur droiture, leur courage. Ils me font du bien. Il y a si longtemps que je ne me suis pas sentie si bien, en paix, l’esprit en repos. J’aime en fin d’après-midi la fraîcheur qui règne sur la véranda, j’aime m’y caler sur le banc en pierre, un livre à la main, mes cigarettes à proximité, lire jusqu’à ce qu’il fasse nuit et que je sois obligée de faire une pause, le temps de regagner l’intérieur de la maison, d’allumer une bougie pour reprendre ma lecture. J’aime les repas préparés par Paulo qui cuisine très bien, une cuisine simple, saine et délicieuse. J’aime les plats apportés par Nilton qui pourtant n’a rien et pourtant partage avec nous son repas. J’aime que nous soyons tous les trois assis le soir sur la véranda à boire le café.

Naturellement, cela fait jaser dans les chaumières de Morada jusqu’à Paris. Ils sont tous persuadés que je suis manipulée par Paulo, qui profiterait selon eux de mes largesses, de mon argent, alors que je suis fauchée comme les blés, toutes ces âmes bien pensantes ignorent que souvent c’est grâce à Paulo que je peux manger et fumer une cigarette. Ces personnes qui jasent, n’ont que Dieu à la bouche. Elles invoquent Dieu à tout propos. Je me demande dans quelle zone incessible de leur cerveau ont-elles refoulé le chapitre de la Bible où il est question de s’aimer les uns les autres, où il est question de pain rompu et de partage, où il est question de main tendue vers le plus faible, le plus fragile. Oh, n’allez pas croire qu’elles ne tendent pas la main vers l’autre, qu’elles manquent de générosité. Le problème c’est qu’elles sont disposées à aider celui qui n’a pas besoin d’aide, celui qui dispose des mêmes moyens qu’eux, celui qui a tout.

Nilton est l’un de ces jeunes américains déportés au Cap Vert. Il est venu nous aider à renforcer les vitres cassées afin que la poussière n’entre pas trop dans la maison. Il est très ami avec Paulo. Il a l’air de pas mal s’ennuyer ici, il n’a pas de famille aux Etats-Unis pour lui envoyer des subsides. Paulo et lui se soutiennent mutuellement. Nilton est touchant, réservé, on l’entend très peu. Il a l’air d’en avoir pris plein la gueule lui aussi malgré son jeune âge. Il a vécu aux Usa dès l’âge de 3 ans. Il y est resté 15 années.

Et puis Nilton vit dans un stress permanent. Sa copine lui met la pression pour qu’il trouve de l’argent pour nourrir leur fille de 3 ans, Diana, petite blondinette très craintive. Ce jeune homme m’a touché, il paraît si calme et pourtant un feu intérieur le consume. Nilton est gentil et serviable, toujours prêt à rendre service. Il emmène mon pc portable chez lui pour recharger la batterie. Hier il est allé en ville acheter du poisson et du riz. Il a préparé chez lui un plat relevé au curry. C’était délicieux.

Il n’est pas vrai que l’on est rien parce que l’on n’a rien. Cette histoire de « grands » est une vaste manipulation, une fumisterie de plus afin que ceux qui détiennent le pouvoir, quel qu’il soit, persévèrent dans leur volonté d’opprimer ceux qu’ils considèrent leur étant inférieur.

 

On entend les enfants pleurer. Ils ne plaisantent pas avec l’obéissance par ici. Et puis il n’y a que tant qu’ils sont petits qu’on peut les frapper, dès qu’ils ont atteint l’adolescence, ils courent plus vite que maman. C’est toujours et encore maman. Maman est coupable, maman et coupable. L’homme capverdien qui s’occupe de ses enfants est une rareté.

 

Nous n’avons pas cessé de nous disputer Paulo et moi. Il est têtu comme une mule, je suis têtue comme une mule. Je ne sais pas comment nous allons faire pour nous entendre.

Désormais la maison est propre ; il ne reste plus que les murs à laver. Il y a une serrure à la porte de la cour, donc, Paulo a des clés pour entrer dans sa maison. Ca fait du bien de savoir qu’il y a un peu de sécurité pour lui. Avec Nilton, entre deux prises de tête, ils bricolent pour sécuriser tout ce qui peut l’être.

Nous sommes allés à Monte Soussego chez Lutcha pour voir ma nièce Evelyne et son petit Nils qui est coquin et beau comme tout. Accueil simple mais chaleureux. Nous avons été invités à déjeuner d’un délicieux feijao. Je n’ai pas eu le courage de passer chez tio Dédé, ça fait trop mal de le voir dans l’état où il est. Et puis j’ai envie d’y aller avec des vêtements neufs pour lui.

 

Faustine

 

 

Publié dans TEXTES

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