Retour au pays natal inspiré de qui tout le monde sait

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Fin juin 2011,

 

 Au bout du petit matin,

le décompte : 11 petits jours, 11 grandes journées pour

Au bout du petit matin

voir le soleil de ma terre

Au bout du petit matin

la mère patrie, inhaler l’air marin, recevoir les sourires de ce verbe, à mon oreille nul autre pareil

Au bout du petit matin

Et

Au bout du petit matin

le début du décompte

Le comput du temps trace le sillon de son chemin

Au bout du petit matin

Accueillir l’émotion qui m’étreint, la génuflexion pour poser mes lèvres sur le sol en un baiser de pardon

Au bout du petit matin

Le chant de bienvenue car

Au bout du petit matin

Je trouverai mes racines encrées dans cette merveilleuse maison jaune, vieille demeure qui ne paie pas de mine et mine de rien symbolise mes gènes enfin trouvés

Tout ce qui me mine depuis toujours trouve-là le baume pour panser les bleus à l’âme que je porte depuis toujours au fond de mon âme

Oui enfin la petite maison jaune de grand-père Sotero

Au bout du petit matin

Fraîcheur ombreuse, odeur de mon histoire car oui j’en ai une aujourd’hui j’en ai la preuve tangible et nul ne pourra affirmer le contraire

Au bout du petit matin

La douleur se calme, passe, s’en va

Au bout du petit patin

Les murs décrépis portant stigmates de mon passé pour me dire l’histoire qui est la mienne, oui mon histoire, celle des miens que je vois et sens passer tout près, presque me frôler, sourires aux lèvres, mains apaisantes sur ma tête désormais apaisée par la grâce de leur présence, de leur accueil

Au bout du petit matin

Leur chaleur bienfaisante, dévaler les monts, traverser les places, courir à perdre haleine, se poser doucement auprès de l’Océan pour l’entendre accompagner mes aïeux de la valse de ses fracas contre les roches brunes tant aimées

Au bout du petit matin

Oh gens, Oh gens me voici parmi vous, peuple tant désiré, peuple tant attendu, peuple tant pleuré, peuple tant aimé je vous ouvre mes bras, je dépose mon cœur à vos pieds car je suis des vôtres, je vous dévore des yeux car désormais je ne vous pleure plus, vous êtes à mes côtés pour toujours nous tenir côte à côte, cheminer de concert pour chanter, pour danser. Batuquons ensemble de nos voix éraillés, de nos voix nasillardes, de nos voix de basse, de nos voix grave car nous savons le tribut payé, toutes les morts que nous portons en nous, ces morts qui nous consolent de nos pleurs, ces morts qui nous calment de nos peurs, ces morts qui indiquent le chemin parcouru et à venir, ces morts pour toujours à nos côtés, ces morts qui nous embellissent de leurs sacrifices par des sourires enfin apaisés

Au bout du petit matin

Ma terre, mes îles, mes gens, trouver la route sans douter de la petite maison jaune, sa cour et ses volets, ses murs et son toit et son cœur me disant « viens, entre, tu es enfin chez toi »

Au bout du petit matin

La maison qui m’a avec patience attendue des décennies durant

oui, oh mes gens je suis parce que vous avez été, vous êtes parce que je suis

oh mes gens

vous m’avez habitée, vous m’abritez, en vous la sérénité trouvée et la tranquillité loin du tumulte de ce monde, des bruits sauvages et des fureurs, des bris et des incendies

Au bout du petit matin

Ce plat des pauvres partagé qui nous enrichira de sa saveur nous les pauvres riches de cette morabeza

Au bout du petit matin

Tudinha, grand-père Sotero, Felisbela, mam Djidjula, mam Bia, tia Tanha, Tio Dédé, tia Chencha vous êtes tous là

Au bout du petit matin

Vous avez veillé sur cette terre, vous l’avez gardée, vous m’avez bercée, vous qui me guidez me montrant la voie, désignant les miens, déroulant le temps, levant le voile des zones d’ombres, me poussant de l’avant, m’insufflant la force de grimper Monte Cara pour faire face à l’adversité de qui voudrait me priver de mes racines

Au bout du petit matin

Je suis debout et déterminée, confiante et souriant au miens

Au bout du petit matin

Les effluves de l’alambic m’ont groguies, nul besoin de lever le coude au fond d’une gargote, le grog c’est puissant, la cachupa fortifiant, le kej odorant et que dire des bolachas… tous vous portez les mille saveurs de ce petit pays

Au bout du petit matin

Créoles sans madras, criola de toutes les fibres de mon corps jusqu’au bout du petit matin

Au bout du petit matin

L’Océan te desquêbra, le vent virevoltant la poussière, les yeux ronds de curiosité, l’ouïe aux aguets et les narines frémissant d’impatience, un peu inquiète, légèrement anxieuse, en attente de voir

Au bout du petit matin

Eclatant de soleil, brûlant de la chaleur caressante du vent, enfin ma terre, ma maison enfin

Et puis l’Océan qui va me laver, me frotter, me décrasser, le sable qui va polir ma peau, soigner mes gerçures, la mer qui va faire le ménage dans mes esgourdes, me dessiller les yeux, me remplir les narines et les poumons. Plus que 7 petits jours pour

Au bout du petit matin

Humer les essences naturelles, lamper ma langue criola pour rouler les r, enroulée dans Sotavente sentir l’air du large, portée par Barlavente me lever vers ces rivages.

Le jour du départ l’avions décolle avec 1 heure de retard. Le trajet semble interminable. En fait, il semblerait que nous arriverons seulement ce soir à Sao Vicente. E moi qui voulais voir l’océan… J’ai vu l’océan par le hublot. Arrivée à 18 heures. Fatiguée et heureuse. Je me suis fait une amie ; une dame absolument charmante. Elle m’a donné son numéro de téléphone. Maria Balbina, ainsi se prénomme-t-elle. J’ai croisé tantie Dudu, deux bébés charmants et rieurs, une fille et un garçon dans l’avion.

Je suis dans ma jolie chambre sur les toits avec une vue imprenable sur Mindelo.

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Je suis un peu fatiguée, j’ai bien mangé avec chichonha, c’était très bon.

Lors de la correspondance à Praia, on m’a offert une carte sim, j’ai pu recharger la carte et envoyer un sms à Ugo.

La chambre donne sur une grande terrasse. J’ai hâte d’être à demain pour tout mitrailler, je d’ailleurs mettre en charge les piles.

Pas de satori cette fois-ci ; ça ne peut pas marcher à tous les coups… Mon pc portable est tombé deux fois durant le voyage, je crains le pire. Pour l’instant je vais lire et dormir.

Réveillée très tôt j’entends les coqs chanter. Je découvre Mindelo depuis la terrasse et m’aperçois que j’ai vue sur un bout de Laginha, la plage du centre ville. Cette découverte me met en joie.

J’ai parcouru Mindelo en compagnie d’Onesime, nous avons dégusté un cachupa guizod ovo estrelod dans un café où il a ses habitudes, sa maman est venue se joindre à nous. Elle est belle, on dirait que l’air de ce petit pays lui fait le plus grand bien, elle semble rajeunie. Onesime absolument adorable m’a emmené au Palacio da Justicia pour ma carte d’identité, puis il m’a guidé vers la petite maison jaune. Intense émotion. J’y ai fait la connaissance de dona Alexandra qui habite la maison et m’a permis de visiter quelques pièces. C’est une dame très distinguée et accorte. Elle m’a attristée, elle est anémiée et très maigre et puis au moment de nous quitter elle a pleuré en évoquant son époux décédé. Elle me plait. J’irai la revoir avec Chichonha car elles se connaissent. J’ai fait un saut à Katem, ca tem Jean-Pierre.

J’ai apprécié les deux cafés bus avec Onesime à l’un des ses QG. Toutes les personnes croisées sont souriantes, avenantes, c’est si beau cette classe d’enfants croisée en ville. Morada…

J’apprécie Morada. Je ne me suis pas perdue. C’est si bon d’être ici. Chichonha ma gâte.

Il fait si bon sur la terrasse. Nous sommes allées Chichonha et moi rendre visite à tantie Liandra qui m’a préparé un délicieux goûter. Tout le monde est si adorable.

Grâce à Onesime, me voilà inscrite à la bibliothèque de l’Alliance Française. Je vais pouvoir emprunter des livres mais aussi y aller avec mon pc pour me connecter à internet grâce à la Wifi. Il faut absolument que j’aie le réflexe d’emporter avec moi l’appareil photo. J’ai envie d’un journal de bord en images.

Onesime est mon guide, il connaît tout le monde, tout le monde le connaît.

Quelle vue splendide depuis la terrasse je n’en reviens pas.

Au bout du petit matin

Monsieur Césaire, découvrir Morada et sentir la fraîcheur sur ma peau, apprendre à me repérer dans la ville, aller d’un point à un autre sans me perdre, rencontrer mes gens, ceux qui me connaissent depuis toujours, ceux qui ne m’ont pas oubliée, me tendent les bras, me serrent sur leur cœur, m’aident en me guidant à travers le dédale des rues pavées et musicales, les rues qui résonnent de la vie oui

Au bout du petit matin

Et lorsque vient le soir, regagner le logis après avoir mangé du kej et bu du café, aller sur la terrasse pour respirer Mindelo, m’accoster au chambranle de la porte, prêter l’oreille aux sons de la cidade ; tout à l’heure, quand nous avons quitté chez tantie Liandra, j’ai aperçu un musicien, celui que nous entendions depuis quelques minutes jouer de la flûte traversière.

Une averse ! Chose impensable pour moi dans ce lieu. C’est si soudain, c’est le son de la pluie qui a attiré mon attention au moment même où je me disais que je fumerais bien une cigarette. Pluie soudaine et de courte durée.

Il est 21h19. La soirée s’étirant, sortir, tard de préférence, c’est ici la coutume, descendre de son petit nuage, déciller les yeux, remarquer, constater la prostitution y compris, que dis-je surtout des très jeunes filles, des adolescentes, des enfants. 16 ans est l’âge légal ici pour avoir des relations sexuelles et puisqu’elles sont pauvres et consentantes personne ne trouvera rien à redire à la pédophilie qui est ici de mise.

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