Retour au pays natal inspiré de qui tout le monde sait (9)

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 

Il y a dans ce petit pays de très grands musiciens, et

Au bout du petit matin,

il est donné à tout capverdien de les croiser en toute simplicité. Pour moi, ce fut To Alves.

 

Demain, je suis invitée à Calhau, il risque d’y avoir du monde. Peut-être arriverais-je à faire abstraction de la foule et à me sentir bien tout de même.

 

Ce qui manque à ce pays, c’est la pluie et du travail pour qu’il soit le Paradis sur terre.

C’est si paisible Calhau, sauvage, calme, il y a là, de magnifiques paysages lunaires. Plus pour longtemps hélas, tant cette petite île semble prise d’une frénésie de construction.

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Tantie Dudu y possède une grande et belle maison, très bien conçue pour une famille nombreuse, fonctionnelle avec tout le confort à l’européenne.

J’ai fait la connaissance de l’une des filles de tantie  Belota, Michèle, venue avec sa petite-fille Ava, jolie comme un cœur.

Nous sommes revenues en ville à la nuit tombée, la journée a été très agréable, reposante. Pourtant il n’était pas auprès de moi. L’absence ne se fait pas forcément souffrance. Voilà qui est plaisant, une découverte de plus grâce à Paulo.

J’ai pleinement profité de cette journée au bord de la mer, j’ai aimé les vagues, la couleur de l’Océan, ses diverses teintes, le bruit musical qu’il produit, l’écume, les roches brunes, le sable sur ma peau, le goût salé du vent. J’ai ramassé des galets pour la maison de Cruz et pris des dizaines de photos ; des enfants, de la tablée, de la mer, de la transparence de l’eau sur les rochers, du magnifique paysage mais aussi des déchets rejetés par l’Océan. Des déchets que nous produisons puis jetons partout y compris dans la mer. Crime ! Des canettes de soda, des chaussures oubliées ou perdues, des bouteilles en plastique, des sacs plastiques en pagaille. Un crime ! Au milieu de toute cette beauté, de cette douceur de vivre. Trop de négligence.

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Ci-dessous, Praça d’Alegria à Cruz juste devant la maison de tia Tanha

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Combien de sacs comme celui-ci faudrait-il remplir pour nettoyer cette Praça d’Alégria sur laquelle les enfants aiment tant venir jouer ?

 


Plus que trois petits jours avant le départ. Paulo va me manquer, ça va être dur de tenir loin là-bas. Je lui ai dit que je préférais qu’il ne m’accompagne pas à l’aéroport, ça l’a rendu triste mais il a compris que nous aurions trop de mal à nous arracher des bras l’un de l’autre.

 

La semaine a été très agréable, la plus agréable depuis mon arrivée à Sao Vicente ; en toute simplicité à Cruz avec Paulo à nettoyer la maison.

 

Paulo est doux, attentionné, apaisant, tendre, tellement aimant. Il fait bon être avec lui. Pour l’instant c’est notre secret, du moins c’est ce que nous voulons croire mais à notre avis c’est un secret de polichinelle, surtout à Cruz. Nous faisons notre possible pour être discrets, cependant, je pense que cela doit transparaître, se voir, se sentir que quelque chose se passe entre nous. Souvent cela nous fait éclater de rire d’imaginer que ça jase dans les chaumières de Cruz à Panam en passant par Morada.

Où il est fortement question d’inceste.

La réaction d’Ana, ma cousine, m’a choquée à un tel point que je suis restée, presque, sans voix. Elle me dit que nous faisons n’importe quoi Paulo et moi, je lui rétorque que Paulo est mon cousin, certes germain, mais seulement mon cousin, il n’est ni mon frère, ni mon fils, ni mon père, ni mon neveu ; je considère qu’il n’y a pas lieu de parler d’inceste. De plus il est majeur et moi aussi.

Ce qui se passe entre Paulo et moi, relève de sentiments qui balaient toutes les morales et autre crise de conscience. Pour ma part, je considère qu’il n’y a rien d’autre à ajouter à partir du moment où l’on sait que j’ai dépassé l’âge de procréer.

Je ne comprends pas qu’Ana aime mieux voir son frère se détruire dans l’alcool plutôt que de le savoir sobre et bien dans sa peau avec moi. Non, je ne comprends pas.

Aurais-je pu prévoir ce qui arrive ? Non. Cela est arrivé, cela arrive, je me sens bien.

Mon amoureux a de longs cils, cela lui fait un beau regard. Je le trouve courageux d’avoir affronté toutes ces épreuves, d’être là, debout. Il en a eu la volonté, c’est admirable. Il me touche et me bouleverse bien plus que quiconque autre. Je veux dire de toute la gent masculine qu’il m’a été donné de rencontrer dans ma vie de femme. Il y en a plein les rues des beaux hommes, mais lui m’a remué. Je crois que j’ai eu envie que cela se produise presqu’instantanément. J’ai senti le désir monter, je n’y ai pas trop résisté (quand même 15 jours). C’était comme une évidence. C’est une évidence.

J’aimerais lui procurer la possibilité de visiter le monde entier si l’envie lui en prenait. Même si à l’avenir il ne quitte jamais ces îles, je crois fermement que ne serait-ce que de savoir qu’à la grâce d’un passeport européen il pourrait le faire, changerait beaucoup de choses pour lui, ne pourrait qu’avoir un impact positif dans sa vie.

Naturellement il me vient parfois la crainte de me tromper une fois de plus, de manquer de discernement, je chasse ces mauvaises pensées tout de suite, je veux vivre l’instant présent lorsque nous sommes ensemble sans me poser de question, sans pensée négative.

J’aime sa compagnie, j’aime lui plaire, j’aime me sentir désirée, voulue par lui. Je lui suis reconnaissante pour cela et qu’importe ce qui arrivera dans le futur. Ce futur sera positif. Je le veux. Je le souhaite.

Et moi qui pensais ne pas avoir eu de satori cette fois-ci ! Il est vrai que ce ne fut pas à la descente d’avion mais trois semaines plus tard.

Nous nous ressemblons Paulo et moi, ni l’un ni l’autre ne voulons, ni ne pouvons supporter une cohabitation à long terme avec quelqu’un, même si ce quelqu’un est spécial pour nous, même quand nous aimons.

Il a embelli mon séjour, il m’a rendu le sourire, il a ensoleillé ma vie, veillé sur moi avec un soin constant, il m’a préparé de bons petits plats, simples et sains, il m’a câliné, il m’a bercé, il m’a guérie de tant de maux par sa simplicité, il m’est nécessaire.

Il est sensible, il me trouve belle et désirable, il me le dit, il me le prouve à chaque instant, il m’a photographiée sous tous les angles, dans toutes les tenues, il me sourit, il me parle et me comprend, il me prend telle que je suis, il me veut, moi.

Je l’attendais sans le savoir, je l’ai trouvé sans le chercher. Il est merveilleux de bonté et de douceur mon amoureux, il possède les plus belles mains qu’il m’a été donné de voir chez un homme ; pleines de force avec de longs doigts fins.

« Anti dum conchêbo/ Um pensaba na bô/ Anti dum oyabo/ Um sonhaba cu bô »

chantait le regretté Norberto Tavares

(ça fait cliché cela n’en reste pas moins vrai)

Sa peau est douce, sa démarche féline, souple. Son corps est sensuel, il a de la force, me soulève comme si j’étais une brindille, il est joueur et blagueur. On ne m’a jamais embrassée comme il le fait, je pensais ne pas trop aimer les préliminaires, je découvre que cela dépend avec qui et comment.

Son regard velouté avec ses longs cils me fait craquer et me coupe le souffle. Je fonds dans ses bras aimants. Il est plein de vigueur et travailleur mon amoureux. Il m’a attendu 20 ans (alors qu’il ne s’était rien passé entre nous. A l’époque cela a été hors de question pour moi, la différence d’âge entre nous me paraissant trop importante ; il avait 19 ans et moi 28), oui, il m’a attendu 20 ans, autant dire une vie, cela me bouleverse.

Aujourd’hui mon amoureux s’est réveillé avant moi pour prendre l’air frais du matin sur la terrasse, il a dû sentir que l’atmosphère était chargée du parfum d’avant la pluie. Ca fait du bien de constater qu’il pleut dans ce pays.

Au bout du petit matin,

nous dégustons du couchcouch en sirotant le café et c’est un régal ce gâteau à la farine de maïs livré à domicile par la crieuse-vendeuse du matin. Le vent souffle fort, le temps est gris et la vie merveilleuse aux côtés de mon amoureux qui jamais ne se lasse de m’embrasser. J’adore ça. Il m’apprend à déguster ses baisers comme une gourmandise, ce qu’ils sont. Ce que nous partageons, ce sentiment que ni l’un ni l’autre ne savons expliquer, pourquoi il est né, pourquoi il nous a été donné à nous de le vivre, s’impose à nous, c’est une évidence, et en même temps un mystère mais il n’y a pas lieu de se poser des milliers de questions, il n’y a qu’à se laisser porter.

J’aime être dans un  lit avec lui, une relation sexuelle n’est plus un motif de stress ni d’angoisse pour moi ; il a débloqué quelque chose dans mon cerveau, il a dénoué des nœuds, ça se passe et c’est bon. Découverte tardive dans ma vie de femme mais découverte tout de même et mieux vaut tard que jamais (comme dirait l’autre). Avec sa peau irisée par le reflet de la flamme vacillante de la bougie, il me porte et emporte dans un ballet dans lequel je suis entraînée par l’art du baiser qu’il m’enseigne. J’aime ce dialogue amoureux où deux êtres se disent leurs sentiments, le désir que vous inspire l’autre, désir qui monte progressivement avec les caresses de la langue, des lèvres, des mains, du souffle, sans prononcer une seule parole. C’est magique et unique : c’est phénoménal.

Le parfum de cette averse que je hume, me monte à la tête, m’enivre. Cette ivresse m’est un bienfait, elle m’est un baume, elle panse mes bleus à l’âme. Tout cela je le dois à mon amoureux sensible, fragile et fort à la fois.

 

 

 

Au bout du petit matin

du 23 août 2011 fin de mon séjour au Cap Vert.

 

 

27 août 2011 quelque part en France

 

Nina’m

Ama’m

Sonha’m

Mostra’m

Cbô crè’m

Jusqu’au bout du petit matin

 

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Au Cap Vert, j’ai été triste de constater qu’Amilcar Cabral, son combat pour notre dignité sauvagement écornée par 400 ans d’esclavage et de colonisation ainsi que le sacrifice de sa vie, ont été jetés aux oubliettes de l’histoire (le petit  « h » s’impose), pour faire place nette à l’impérialisme du fric et de la frime. C’est une honte et j’ai honte.

 


Mon j’aime, j’aime pas au Cap Vert

 

J’aime l’air frais du matin très tôt,

 je n’aime pas Morada,

A Morada j’aime l’Alliance Française, la bibliothèque de l’Alliance Française tenue à bout de bras par une femme exceptionnelle : Ana,

j’aime le snack de l’Alliance Française, Andie, Emilie qui est compréhensive, patiente, généreuse, à l’écoute et pourtant franche avec les jeunes gens en perdition, j’aime tout le personnel en fait, ils sont fabuleux,

j’aime le musée, la maison culturelle, Pont Quent ; le petit déjeuner et le goûter y sont bons et pas cher du tout, j’aime Chu et ses collaboratrices, j’aime leur gaîté contagieuse,

je n’aime pas faire la queue des heures durant dans toutes les administrations, je n’aime pas être « rackettée » sans cesse en plus de faire la queue pendant des heures, je n’aime pas que la maison de tia Tanha ne soit toujours pas raccordée à l’électricité ni à l’eau alors que tout a été payé, cela dénote un manque certain de professionnalisme et de sérieux,

j’aime à la BCA, Dona Edna qui est polie, aimable, souriante et serviable comme tout, ainsi que certains de ses collègues,

j’aime prendre l’autocar, j’aime prendre le Iass, j’aime marcher dans les rues, j’aime la simplicité de toutes les personnes hormis celles (à quelques rares exceptions près) qui ont vécu à l’étranger et y vivent encore et viennent là pour les vacances, elles ont la grosse tête et méprisent les gens pauvres,

j’aime aller à pied de Cruz au centre ville, me poster sur la corniche à Cruz tout là-haut, pour contempler le panorama d’une beauté à couper le souffle, en faisant abstraction, dans la journée, des constructions modernes, c’est beau surtout le soir, toutes ces lumières qui scintillent, deviner la mer, Djeu, Monte Cara. Et c’est à Cruz, seulement à Cruz que l’on peut assister à toute cette poésie, sous le ciel d’un noir d’encre,

J’aime le fait d’avoir rencontré Joana, cela faisait plus de 20 ans, près de 30 que nous ne nous étions vues,

j’aime Cruz, j’aime Lita, sa maman et ses enfants et presque tous les habitants de cette rue où est située la maison de tia Tanha, j’aime les enfants, tous ceux que j’ai rencontré sont beaux et intelligents, gentils et polis, souriants aussi quand ils ne sont pas trop intimidés, j’adore Nayma, Rivaldo, Nivaldo, j’aime Nilton et Diana, j’aime Christie sa maman et ses sœurs, j’aime nha Dana hélas elle est morte après mon départ, j’aime Nair et sa sœur Ida,

je n’aime plus Ana et cela me rend triste, car ne t’en déplaise chère cousine, deux êtres qui s’aiment c’est de la beauté, de la douceur, de la poésie qui se répandent sur ce monde de douleur et de cruauté. Pourquoi jeter l’opprobre sur cet amour ? Quelle signification cela peut-il avoir ? Cela n’a pas de sens. C’est un non sens. Non, je ne peux plus aimer Ana,


je déteste les gens qui me jugent et se mêlent de mes histoires ; qu’ils balaient devant leur porte, je déteste les commères, il y en a beaucoup à Sao Vicente, je n’aime pas l’esprit étriqué, bourgeois et hypocrite d’une certaine caste qui hélas sévit là-bas, je déteste les vieux riches qui se paient des toutes jeunes filles, je déteste les courtisanes embourgeoisées drapées dans leur morale catho à la mord moi l’nœud, (entendons-nous bien, je n’ai rien contre les courtisanes, chacun mène sa vie sinon comme il veut, du moins comme il peut),

je n’aime pas les ninjas, je trouve inquiétant et effrayant ce déploiement de force, je n’aime pas les policiers qui battent les personnes essayant de gagner honnêtement quelques escudos en lavant le pare brise des voitures, je n’aime pas les flics qui tabassent les personnes qui critiquent haut et fort les politiques, tu conduis sans ceinture de sécurité, tu prends pas d’amende, tu fais la manche parce que t’as faim, les flics te tabassent, puisqu’on vous qu’au Cap vert y a pas de pauvres, bordel !

je n’aime pas les coupures d’électricité, il y en a trop, on jurerait que c’est fait exprès, genre nouvelle manière d’entraver la marche vers le progrès de tout un peuple, d’autant plus que le Cap Vert bénéficiant d’un ensoleillement exceptionnel, on pourrait aisément pallier à ce type de difficulté en installant des panneaux solaires sur les maisons, qui va payer me demandera-t-on (en tout cas ceux qui sont suffisamment hypocrites pour ce faire), j’ai cru comprendre que les investisseurs se bousculaient au portillon, ou alors est-ce une nouvelle tentative de manipulation politicienne ce bruit qui court…

j’aime l’idée de pouvoir sillonner Sao Vicente à bord d’un bus pour 37 esc, j’aime l’idée de pouvoir aller à Baia, Calhau, Praia Grande etc. pour la modique somme de 1€,

j’aime ce disquaire rue Baltasar Lopes, près du Palacio, chez lequel j’ai trouvé 1 cd de Mo Green « Alerta » et un autre de Norberto Tavares, le lieu est tenu par une jeune femme absolument délicieuse et très patiente, j’aime entendre Elji à la radio,

j’aime Dee et son travail avec les ados, j’aime Paula et son travail avec les enfants, j’aime la maison jaune, j’aime l’air frais de la fin d’après-midi sur la véranda, j’aime Paulo, j’aime Paulo, j’aime Paulo,

Merci à vous d’exister, merci à vous d’être ce que vous êtes, c’est ainsi que je vous aime,

C’est auprès de vous que je voudrais être à cet instant, vous me manquez terriblement, douloureusement,

 

Au bout du petit matin,

Un feu, le manque, me consument de l’intérieur,

Au loin je dépéris.

 


Dans le quartier

Où je demeure,

Je me meurs

Dans le quartier

Où je demeure,

La plupart ont les yeux rivés

Sur le mini écran

Du mobile

Ça pianote allègrement…

Une façon comme une autre

De s’extraire, de s’extraire

D’autres, se plongent dans les livres

Qu’ils dévorent comme si leur vie en dépendait

D’autres encore, s’annihilent le cerveau

Devant des programmes télé plus débilitants

les uns que les autres,

Tous recherchent une chose, une seule

S’extraire, s’extraire

De ce monde qui n’a rien de désopilant

Moi, au loin,

Je pense à toi

Une façon comme une autre

De m’extraire, de m’extraire

De ce quartier

Où je demeure

De ce quartier

Où je me meurs

 

Faustine

juin-novembre 2011

Publié dans TEXTES

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