Tragédie moderne

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

 

Il cause tout en poses de précieuse ridicule, tout de manières maniérées, suffisant, poudré à la baroque, portant un costume satiné sur un chemisier volanté, tenant à la main une canne à pommeau ouvragé.

Il ne lui manque que la mouche sur la joue pour compléter le tableau.

Un imposteur pourrait-on dire.

Je crois plutôt qu’on assistait là à une tragédie moderne, made in 21e siècle :

un écrivain obligé de se grimer en cocotte de salon façon 18e, maquillé comme un camion volé, pour se voir enfin invité à la télévision dans une émission littéraire. Un pauvre bougre tirant le diable par la queue, son quotidien c’est le soleil amer. En fait, en le regardant bien, derrière ses paupières fardées, on pouvait voir un regard trop pétillant pour ne pas  exprimer une immense détresse, l’expression d’un ennui profond. C’était comme si la caméra savait qui était cet être dans son intime, comme si elle connaissait de quel enfer était fait son quotidien. Le cameraman cadrait un regard inouï de solitude déguisée, un artiste rongé par un démon sans pitié tout droit sorti de l’ivresse abyssale que donne ce sentiment d’éternité aux êtres malfaisants, qui aiment se repaître à l’infini de ce qu’ils vous font croire que vous vous trouvez au paradis lors même que vous êtes au purgatoire.

J’avais sous les yeux l’équivalent de l’Enfer de Dante pour un écrivain que sa plume ne nourrit pas et qui en désespoir de cause, invente un personnage extravagant, invraisemblable, surréaliste, pour enfin exister dans le microcosme cruel du monde de l’édition.

J’avais déjà rencontré un exemple similaire avec un mien ami peintre de talent pourtant, qui faute de voir son travail reconnu, avait dû s’affubler d’un nom improbable, d’une mise impossible. Lui aussi possédait une canne à pommeau ouvragé, dégottée lors d’un vide grenier. Il s’est mis du jour au lendemain à tenir le discours d’un illuminé, s’est doté d’un égo surdimensionné pour qu’enfin le monde clos et tout de cruauté qu’est aussi le milieu des peintres, galeristes etc, lui trouve du génie, dise qu’il était original, authentique, et en tombe fou amoureux. Les propositions d’expositions et les commandes se sont mises à pleuvoir, à tel point qu’un mécène a fait le déplacement jusque dans la grotte qui lui servait désormais d’habitat dans les Alpes maritimes, pour le convaincre de daigner accepter présenter ses œuvres à la Foire Internationale d’Art Contemporain.

Cet ami s’est pris à ce jeu irrationnel et a fini par sombrer dans la schizophrénie.

 

On me reproche souvent de manquer de souplesse, de ne pas me couler dans le moule. Je ne vois pas pourquoi je devrais accepter d’écrire des choses qui ne me correspondent pas, pour lesquelles je ne pense pas avoir un quelconque talent en plus. Un ami me disait qu’il faut savoir se prostituer quelquefois, ne serait-ce qu’une seule fois, pour peut-être avoir l’opportunité d’être éditée. Ce qu’il ne comprend pas c’est que l’écriture pour moi est un besoin vital, presque une question de vie ou de mort. Lorsque j’écris c’est une urgence. Je ne pense pas que ma démarche puisse s’inscrire dans une logique commerciale. Tout simplement parce que je ne saurais pas être une personne que je ne suis pas.

Je ne prétends pas avoir du génie, peut-être que je ne suis pas un écrivain mais j’ai besoin d’écrire.

 

Faustine

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valerie 25/08/2010 21:05



Ne te pose plus toutes ces questions, fiche-toi des méchants et si c'est un besoin vital, écris faustine et reste toi-même.


Gros bisous.


librellule(Soyons des bulles libres que nous nous fassions éditer ou non)