Aminata, Aminata

Publié le par SLAM POESIE DE FAUSTINE

Un poème par jour pour les « sans papiers »,

Bien qu’il soit difficile d’écrire sans laisser libre court

A la colère, à l’indignation, à l’angoisse

De ce que l’on pourrait qualifier

De crime contre l’Humanité,

De non assistance à personne en danger.

Parce qu’un « sans papiers »

Est un être en danger de mourir de faim,

Parce que si un être Humain

Choisi la voie de l’exil

Ce n’est jamais de gaîté de cœur ;

On ne laisse pas sa famille derrière soi

De gaîté de cœur,

On ne devient pas clandestin

De gaîté de cœur,

On ne vit pas le quotidien la peur aux tripes

De gaîté de cœur,

On ne vit pas le statut d’indésirable, de rejeté,

De gaîté de cœur,

On ne choisit pas de se jeter par la fenêtre

De gaîté de cœur.

 

Ce monde d’aujourd’hui,

La cruauté dont font preuve les politiques et l’administration,

Peuvent pousser à l’envie d’en finir

Pour ne plus avoir à assister, impuissant, sidéré

A l’agonie de ceux que ce monde et ses dirigeants

Ne veulent pas accueillir, aider.

Aminata peut bien mourir de faim

Ils n’en ont cure.

Ce qui compte à leurs yeux sans âme, sans cœur,

C’est qu’elle soit rejetée, expulsée

Hors de toutes  frontières occidentales

Et tous les prétextes leurs sont bons :

Elle n’est pas en règle (au nom de quoi ? En vertu de quoi ?),

Elle n’a pas de « papiers »,

Elle est clandestine (encore une fois, au nom de quoi ? En vertu de quoi ?)

Ils feront semblant d’ignorer qu’Aminata

Est un Humain qui a le droit

De pouvoir manger,

Avoir un toit au-dessus de sa tête,

De vivre en sécurité,

Et pas un vulgaire bout de torchon sale, irrécupérable,

Tout juste bon pour la poubelle

De ce monde occidental

En perte de vitesse,

Déshumanisé,

Cruel

 

Aminata, Aminata

Toi dont l’on ne veut pas

Toi ma sœur d’élection

Toi ma sœur d’adoption

 

Aminata, Aminata

Toi dont le peuple avant-hier

Servait de monnaie de change,

Toi dont les ancêtres ont été asservis,

Traités comme des bêtes, vendus,

Toi spoliée de ta terre

Toi dont la patrie a été laissée exsangue

Par toutes les malveillances imaginées

Par des cerveaux malades de profits,

Aminata, Aminata

Toi à qui l’on a fait appel hier

Pour venir travailler ici ;

Tu as passé ta vie dans dix mètres carrés

Sous les toits, au septième étage sans ascenseur

Avec pour toute commodité,

Les toilettes sur le palier ou

Parquée avec tes enfants dans une cité HLM

Dépourvue de verdure,

Avec en guise d’horizon

Des rectangles de béton,

Ta peau est d’ébène

Ou ta religion l’islam ;

On ne te traite pas comme une Dame

On te soupçonnerait plutôt

D’être une terroriste dans l’âme

Aminata, Aminata

Sache qu’aujourd’hui,

Ils ne veulent pas de toi,

Que tu les gênes

Serait-ce l’expression de la honte

De ce qu’ils t’ont infligé avant-hier, là-bas 

Et hier ici ?

Aminata, Aminata

Toi dont l’on ne veut pas

Toi ma sœur d’élection

Toi ma sœur d’adoption

Aminata, Aminata

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

T’inventer des ailes que tu déploierais

Pour t’élever au-dessus des frontières inventées,

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

Te montrer des sources d’eau claire,

Des galets ronds de douceur,

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

Me baigner en ta compagnie

Dans les rivières d’eau fraîche et calmante,

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

Goûter avec toi les baies

Et les herbes nourricières

Offertes gracieusement par Mère Nature,

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

Avec toi nager au milieu des dauphins,

Des poissons multicolores et bienveillants

Aminata, Aminata

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

Que l’on te regarde différemment,

T’écrire des poèmes de recommencement,

Où je te dirais toutes les beautés

De ce monde cruel,

Où je te dirais que quand on te fait mal

On me fait mal,

Où je glorifierais

Ta force, ton courage,

Ta foi en l’espérance,

Depuis des décennies,

D’un Humain qui te dirait :

« Viens, entre Aminata, tu es la bienvenue.

Si tu as faim Aminata, mange,

Si tu as soif Aminata, bois »,

Je voudrais tous les jours

Et toutes les nuits

Ecrire des chansons pour toi

Qui seraient des hymnes à la tolérance

Qui couleraient comme un baume en toi

Pour te laver de toutes les humiliations,

Pour te laver de toutes tes misères,

Pour te laver de toutes tes douleurs

Et que nous reprendrions en cœur.

Mais, hélas, ma plume est asséchée

Comme un marigot dans les contrées

Où sévit la sécheresse que tu as quittée,

 Par toutes les horreurs

Dont je suis tous les jours

Et toutes les nuits

Le témoin impuissant, sidéré

Aminata, Aminata

Toi dont l’on ne veut pas

Toi ma sœur d’élection

Toi ma sœur d’adoption

 

 

Le prénom Aminata  est emprunté à un poème d’Andrée Wizem

 

Faustine

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